CHAPITRE XXIII
cœur plein d'anxiété, sera comme à l'entour de vous, pour vous faire abri, pour vous environner des prières d'une mère. Ces prières sont mon soutien ; seul, unique ; la nuit et le jour, mon bien-aimé. Qui est-ce qui jamais aurait eu ce pouvoir sur moi de me faire vivre séparée de vous, si ce n'est l'adorable volonté? moi, qui m'en serais bien allée à travers le monde entier, cachée sous tous les déguisements, cachée même à vous-même, pour me trouver seulement sur le même vaisseau que mon William, et pour partager les mêmes dangers. Oh! vous, le plus chéri de mon âme! ne me refusez pas de vous retrouver là où nous ne nous séparerons jamais. Vous le savez bien, cela dépend de vous. »
ELIZABETH A SON FILS WILLIAM
20 mars 1820.
a Mon cher bien-aimé William, il n'est pas possible, je me le persuade, que cette quantité de lettres que votre pauvre fidèle mère vous a écrites aient toutes été perdues. Ce jour même, nous venons de recevoir la chère vôtre, écrite en janvier, où vous dites que vous n'avez pas reçu une ligne de la maison depuis que vous nous avez quittées; et, en outre, que vous n'avez aucune idée de retour possible
avant le mois de janvier de l'an prochain. Voilà deux nouvelles bien cruelles! Elles m'ont atterrée, car ce que j'espérais était tout différent. La vie est une mort, en vérité, dans une séparation si dure ! Ce qu'on appelle la force d'âme, je crois que j'en sais quelque chose, en toute rencontre ; mais celle-ci ébranle mon âme elle-même. Et vous savez bien pourquoi , mon bien-aimé ; ce n'est pas tant à cause de notre séparation momentanée r si dure qu'elle soit, mais!... Dire de quelle façon je vous tiens enveloppé dans le plus profond de mon cœur, cela est impossible, ni même de vous en donner une idée. Avant l'arrivée de votre lettre, les moindres rumeurs du printemps étaient une joie pour moi. Mais du moment qu'il ne doit plus vous ramener, toutes les saisons me sont indifférentes ; l'hiver, si vous venez, sera la saison heureuse. Vous me dites : « Racontez-moi tout ce qui arrive; » mais dans l'espace d'un mois à l'autre, je puis le dire, rien ne varie ici, seulement d'une demi-ligne, en quoi que ce soit. »
La mère Seton dans les deux dernières années de sa vie, — Dépérissement de ses forces. — Sa douceur, sa patience, son aménité pendant toute la durée de sa longue maladie. — Son union avec Dieu. — Son désir du ciel. — Lettre à William Seton. — Dernière lettre à Antonio Filicchi. — M. Brute de Remur à Emmettsburg. — La mère Seton reçoit l'extrême-onction. — Ses dernières recommandations à la communauté. — Sa douce et précieuse mort. — Noms de celles des sœurs et des novices qui ont précédé dans la tombe Elizabeth Seton. — Retour de William Seton aux États-Unis. — Sa joie dans l'attente de revoir sa mère après trois ans de séparation. — 11 arrive à Emmettsburg et il apprend que sa mère n'est plus. — Maisons des Sœurs de la Charité de Saint-Joseph existantes de nos jours aux États-Unis. — Union des Sœurs de la Charité de Saint-Joseph avec les Filles de la Charité de France , accomplie en 1849. — Un mot sur les derniers travaux et sur la fin des amis et des premiers protecteurs de l'œuvre d'Elizabeth Seton. — Visite à la vallée d'Emmettsburg. — Appendice.
Après le travail, le repos; après le combat, la victoire; après l'hiver, après la nuit, la splendeur du jour éternel ! Jam hiems transiit, im-
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ber abiit et recessit , arnica mea, surge. — U hiver a disparu; la tempête est passée; levez - vous , ma bien -aimée; venez/ — A cette voix qui l'appelait, que répondait Elizabeth? — Vox dilecti mei pulsantis. Surrexi et aperiam dilecto meo. — C'est la voix de mon bien-aimé; il frappe à la porte. Je me lèverai , et firai ouvrir à mon bien-aimé/ — Mais sa mortalité la retenait encore, si faible qu'en lut le lien; un travail lent, bien qu'incessant, l'en dégageait peu à peu. Sa maladie était une langueur, un appauvrissement de toutes ses forces; rien de très douloureux ; rien qui la contraignît à cette assiduité de soins, que la souffrance doit accepter comme une épreuve de plus. « Je m'en vais par une pente si douce, si imperceptible, vers la chère éternité, disait-elle, que déjà, sans qu'il y ait en moi aucune altération marquée, la décadence générale de la pauvre nature qui succombe a raccourci tellement la perspective devant mes yeux, que je ne puis plus rien voir au delà du moment présent. »
Tandis que l'état languissant où on la voyait désolait les cœurs autour d'elle, les promesses qu'elle y trouvait de délivrance et d'immortalité lui causaient une sainte joie. L'œuvre de piété et de charité qui avait tant occupé sa vie se trouvait désormais consolidée; sa tâche était