CHAPITRE XXIV
presque la dernière lettre qu'Elizabeth écrivit. Ces échanges de sa pensée envoyée au loin lui demandaient un effort qui la surpassait. Les élèves qui l'avaient quittée, mais que sa tendresse suivait bien au delà d'Emmettsburg, les parents des enfants confiés à ses soins, accoutumés à la régularité de ses lettres ravissantes, s'en virent privés désormais. Le cercle autour d'elle devenait plus étroit , les jours sur le dehors s'éteignaient : elle vivait beaucoup, seule à seule avec Dieu, les portes fermées.
Un soin qu'avait toujours aimé son cœur vigilant, était de visiter les élèves au moment des classes, et les malades à l'infirmerie de la communauté. Elle s'y adonnait encore avec la même tendresse : sa bonté , sa douceur, le charme incomparable de sa conversation et de toutes ses manières , maintenant comme autrefois , faisaient les délices et l'admiration de toutes celles qui l'approchaient. On sait combien sa conscience délicate s'était naguère effrayée de cette séduction si visible qu'elle exerçait autour d'elle , et des jouissances peut-être trop vives qu'elle y trouvait. L'irrésistible attrait de sa nature aimante et communicative rapprochait d'elle les âges les plus divers. C'était parmi les élèves à qui obtiendrait d'aller pendant quelques moments,
aux heures de récréation, lui tenir compagnie. Aucun divertissement n'offrait à cette jeunesse un agrément comparable au charme de son entretien.
Toujours accessible , toujours souriante, elle voulait qu'on entrât à toute heure, à tout moment, dans la petite chambre où elle se tenait. Toute visite, si importune qu'elle pût être, était accueillie par cette grâce aimable, que nous n'oserions pas appeler une vertu chez elle, tant elle lui était naturelle. — « Ma chère mère, lui dit un jour une des Sœurs, qui, du matin au soir, l'avait dérangée sans cesse , je crains d'être venue trop souvent vous fatiguer et vous ennuyer aujourd'hui. — Point du tout, lui répondit-elle; les rayons du soleil, que je salue avec tant de plaisir quand ils arrivent à travers ma fenêtre, ne sont pas mieux accueillis que ne l'est votre pas, bien connu, quand je l'entends à ma porte. »
Une autre fois, au commencement de l'été, dans les jours de la Pentecôte , c'était elle qui était allée faire sa visite à l'une des Sœurs , retenue à l'infirmerie. Sur son chemin pour s'y rendre, elle rencontra une des élèves qui tenait à la main une rose embaumée, encore humide de la rosée du matin, qu'elle venait de cueillir, et qu'elle lui offrit. La mère Seton, arrivant près de la malade, la trouva seule