‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 196 sur 226 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

marcher vers le ciel. M. Brute de Remur, ce prêtre selon votre cœur, était revenu près d'Emmettsburg. Depuis deux ans, il consacrait ses soins aux catholiques de la contrée qui s'étend au pied de la montagne Sainte- Marie. Le pasteur de ce troupeau était naguère M. Duhamel, l'ancien missionnaire à la Guyane. M. Brute l'avait aidé dans ses travaux, l'avait suppléé pendant la durée d'une longue maladie, et lui avait succédé quand il était venu à mourir. En même temps , il avait repris à sa résidence du séminaire les fonctions de professeur de théologie; et dans la maison de Saint- Joseph , la charge d'aumônier de la communauté. La vénération des habitants du pays l'avait surnommé « l'ange de la montagne ». Il ne devait plus quitter Emmettsburg jusqu'au jour où il fut appelé au siège épiscopal de Vincennes dans l'Indiana.

Au mois d'août 1820, la mère Seton était si malade, qu'on s'attendait de moment en moment à la perdre. Elle se ranima contre toute attente dans les commencements d'octobre; et elle éprouva un mieux assez sensible pour pouvoir se tenir levée, quelques heures chaque jour, auprès de son feu. Elle continuait à suivre de sa chambre tout ce qu'elle pouvait des exercices et du règlement de la communauté : une Sœur l'aidant, et lui lisant les prières ou

autre chose de la règle , et ainsi jusqu'à sa fin , avec une grande fidélité.

L'hiver, en ramenant les longues nuits , les intempéries et le froid , fut pour elle un temps de plus grande épreuve, comme il l'est toujours pour les personnes souffrantes. Elle vécut plus repliée en elle-même, plus absorbée encore dans la pensée de la vie future. « L'éternité, écrivait -elle à une de ses amies, oh! comme elle me paraît proche maintenant I Pensez -y, ma bien chère; pensez -y, vous aussi, quand vous êtes oppressée par l'ennui. Oh! qu'il durera longtemps, ce beau jour sans nuit! Qu'elle durera longtemps , cette belle nuit sans jour! Puissions-nous la passer à louer, à bénir, à adorer à jamais ! »

Elle pesait tout dans la balance de la foi : adversité, prospérité, la maladie, la vie, la mort, les poursuites humaines, les ambitions, les projets. — « Je ne vois plus rien en ce monde que l'azur du ciel et nos autels ; tout le reste ne mérite pas qu'on y fasse attention. Nous parlons , tout le long du jour, de ma mort, de la manière dont il se pourra qu'elle arrive , comme on parlerait de toute autre affaire de la maison. Qu'est-ce, en effet, autre chose? Que sommesnous venus faire en ce monde?... Pourquoi nous y sommes-nous attardés si longtemps , si ce n'est pour cette dernière, grande et éter-

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