‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 197 sur 226 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

nelle fin?... Elle me paraît si simple quand je regarde le crucifix... Un cercueil, quelques mottes de terre, une tombe!... Quelle vie, en vérité !

« Si je me voyais parvenue à la dernière étape sur ce chemin de souffrances , si j'entendais l'écroulement des murs de ma prison, je ne sais vraiment pas comment je pourrais supporter ma joie. Aller dans la patrie, y être appelé par sa volonté, quel transport de bonheur! Mais, dira-t-on, vous n'avez donc pas peur de mourir? — Il est vrai, une pécheresse comme moi devrait avoir peur; mais je serais plutôt portée à craindre de vivre; car je sais bien que chacun de mes examens du soir me force d'ajouter au compte que j'aurai à rendre et au poids de ma dette. Je ne crains pas la mort moitié tant que ma chétive et détestable personne. »

Elle se vit forcée de garder le lit ; son état de dépérissement avait fait place à de vives souffrances. Pendant plusieurs semaines qui se passèrent ainsi , on ne remarqua aucune altération, nous ne dirons pas de son humeur, mais de sqn aménité ni de sa grâce.

Jamais aucune plainte ne s'échappait de ses lèvres ; et sans les gémissements que la douleur lui arrachait pendant son sommeil , on ne se serait pas douté de ce qu'elle supportait. Au

plus fort de ses souffrances, s'il arrivait seulement que la nature accablée laissât paraître quelque tristesse involontaire, elle se le reprochait, et avait hâte de se purifier par la grâce de l'absolution; d'autant plus attentive à faire disparaître les moindres taches de son âme, que plusieurs fois dans la semaine elle recevait la sainte communion. Le supérieur de Mont- Sainte-Marie la visitait souvent. M. Brute était son confesseur habituel. « Le cœur qui se prépare à recevoir la sainte eucharistie, disaitelle , doit être pur comme une coupe de cristal remplie de l'eau la plus pure et la plus limpide. Le moindre atome impur s'y laisserait apercevoir; nous ne devons pas l'y souffrir. »

Obligée de recourir à des adoucissements et exemptions nécessaires , elle en évitait ce qui se pouvait, sans affectation. D'autres fois, elle s'excusait à ses Sœurs de sa faiblesse; ou se la reprochait , si elle croyait l'avoir écoutée ; et alors, autant qu'il lui était possible, elle réparait ce qu'elle appelait sa faute en se mortifiant davantage. Une fois, elle fit appeler M. Brute, et elle se plaignit à lui, avec une effusion de cœur et de larmes qui l'attendrirent, de l'extrême soulagement qu'elle ne pouvait s'empêcher de ressentir d'un petit matelas dont on avait fait usage, dans les derniers temps,

Page 1