‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 198 sur 226 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

pour soulever sur le lit sa petite Rebecca , et qu'on lui avait apporté à elle-même.

Ces vives douleurs prirent fin. Elles firent place à un état d'accablement qui , peu à peu , se rendit maître de tout son être. Elle se ranimait, tout épuisée qu'elle était, pour recevoir la visite des Sœurs , celle des élèves , la visite surtout des enfants de l'école des pauvres. Souvent elle se faisait amener les plus petites d'entre ces enfants, heureuse de les garder à jouer dans sa chambre autour de son lit, et de les voir toutes ravies des marques de sa bonté maternelle.

Une des élèves était à la veille de quitter la maison, et de partir pour un voyage lointain. Elle la fit appeler pour lui dire adieu. Étendant doucement ses mains sur la blonde tête qui s'était inclinée à côté d'elle: « Que Dieu vous bénisse, lui dit -elle, mon enfant bien -aimée. N'oubliez pas la dernière recommandation que vous aura faite la Mère: Cherchez Dieu en tout. Soumettez toutes vos intentions à cette pierre de touche infaillible : Ceci sera-t-il approuvé par Celui dont le regard découvre tout? Si vous faites ainsi , vous vivrez de sa présence et vous conserverez les grâces de votre première communion. Vous ne reverrez plus jamais votre Mère, sur cette terre; mais nous nous retrouverons au ciel. Trois des roues de la vieille

charrette, — c'est ainsi qu'elle s'appelait souvent elle-même, — sont déjà brisées. La quatrième va partir tout à fait; bientôt alors je serai délivrée. Je prendrai mon vol, comme s'enfuit la colombe, et je m'en irai vers le lieu de mon repos *... Souvenez-vous de moi, et si vous aimez la pauvre vieille Mère, priez pour elle. » S'attendrissant elle-même des larmes et des sanglots de i'enfant, elle l'attira sur son cœur, l'embrassa tendrement : « Ce n'est pas pour toujours que nous nous quittons, lui ditelle. Quelques années bien vite écoulées, ma chérie, et nous serons réunies pour ne plus nous quitter jamais. Encore une fois, que la bénédiction de Dieu soit sur vous ! »

Pénétrée du sentiment de l'immensité de Dieu , même avant d'avoir devant elle son éternité si rapprochée, elle n'avait plus mesuré ni l'espace, ni le temps, d'après les calculs humains. « Qu'est-ce que la distance, qu'est-ce que la séparation, quand notre âme, plongée dans l'océan de l'infini , voit tout dans le sein de Dieu? Là, il n'y a plus ni Europe ni Amérique. Notre Dieu , c'est notre tout. »

« Il est notre tout. — Dieu seul est tout. » C'étaient là ses expressions habituelles, et en-

1 Quis dabit mihi pennas sicut columbaè, et volabo, et requiescam? Ps. liv.

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