CHAPITRE XIII
jours vous retrouver au pied de la croix, à l'heure du Miserere1. Quel doux souvenir! »
ELIZABETH A ANTONIO FILICCHI
20 août 1808.
« Bien que votre sœur d'Amérique vous ait écrit deux fois durant ces deux derniers mois , elle ne peut résister au bonheur de vous remercier de votre lettre du 18 avril, et de vous adresser quelques lignes en profitant d'une favorable occasion qui se présente. Votre lettre a été comme le baume le plus vivifiant, le plus consolant, pour soulager mon imagination effrayée, qui se livrait à mille conjectures funestes à cause de votre long silence. Le Dieu tout- puissant connaît seul avec quelle tendresse, quelle constance, je vous ai recommandés tous deux , votre Filippo et vous , à la messe et à la communion, incertaine que j'étais si vous viviez en ce monde ou en l'autre. Et quand je reçus, dimanche dernier, votre lettre si longtemps désirée, je n'osai l'ouvrir que lorsque je me fus mise à genoux, après avoir renouvelé plusieurs fois l'acte de résignation avec ferveur. Et quand elle eut été lue et relue, les enfants et tous, auxquels j'avais communiqué ma joie, s'agenouillèrent en m'entou-
1 Voir note page 442, tome I.
rant, et nous dîmes ensemble le Te Deum, de toute notre âme.
« Ainsi, non seulement vous êtes en vie, vous et votre cher frère, mais vous aimez et chérissez le souvenir de votre pauvre indigne sœur ; c'est là pour moi une joie vraiment bien grande!... Et Amabilia, votre chère, excellente Amabilia , et vos doux enfants , tous vont bien, et voici qu'un nouveau trésor vient accroître le désir que j'ai de vous voir tous encore une fois l. Mais ce qui n'est pas possible, c'est que nul autre puisse égaler jamais le ravissant Giorgino. Ah ! si le cher charmant enfant se retrouvait dans mes bras, comme je l'y retiendrais étroitement ! Cher Antonio, embrassez-le quelquefois pour moi. J'ai laissé tomber bien des larmes sur sa petite robe que sa chère mère m'avait donnée..., et sur cette petite boucle de ses cheveux; et cependant j'espère que je la lui ferai voir un jour!...
« Vous ne me parlez pas de la santé de Filippo ; elle n'est donc pas pire que d'ordinaire. La lettre qu'il m'a écrite, à ce que vous me mandez, de Bordeaux, je ne l'ai jamais reçue. Combien j'en regrette la perte! Mais peut-être
1 Niccola Filicchi , le cinquième enfant d'Antonio et d'Amabilia , qui venait seulement de naître. Il mourut en 4837, à Florence, trois mois avant son frère Giorg4o , — Giorgino.