‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 3 sur 226 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

pourra-t-elle encore me parvenir ! Les lettres que je vous ai écrites depuis que je suis à Baltimore, elles sont confiées au bon soin des anges. Si vous ne les recevez pas, j'en aurai un chagrin profond. Mais que la sainte volonté de Dieu soit faite ! Quant à la réussite de mon projet, ou plutôt du projet de ces révérends Messieurs , il dépend tellement de votre concours et support, que je n'ose exprimer un souhait. Tous les lundis, au saint sacrifice, j'en remets le succès — pendant qu'eux-mêmes, pour l'obtenir, offrent le saint sacrifice — à Celui dont la bénédiction peut seule le sanctifier et lui faire produire des fruits. Pour ma part, je serais plutôt portée à compter sur des désappointements; et je les ai trouvés, de tout temps, si profitables aux progrès de mon âme, que si nous réussissons à fonder l'établissement que nous projetons, je regarderai ce succès seulement comme un signe que Dieu veut par là opérer un grand bien; un bien tout à fait en dehors de mon intérêt particulier, lequel a toujours mieux profité dans la pauvreté et dans les larmes. Je veux dire cette pauvreté dont on souffre, au fond de son âme, lorsqu'on se trouve mortifié de recevoir. Oh ! Antonio! combien vous pourriez peu juger des mortifications que j'ai éprouvées, si vous appeliez mortification , pour moi , de recevoir quel-

que chose de vous! Bien loin de là, lorsque je remis à M. Graihe l, le jour où je quittai New- York, votre dernier ordre sur Murray, j'avais en moi comme un sentiment de triomphe. Je n'aurais pas senti autrement, si votre bourse avait été la mienne , et que j'eusse eu à la distribuer ! Mais ce qui est vraiment pénible , ce qui est vraiment mortifiant, c'est de dépendre de ceux qui ne vous aiment en aucune sorte, pas plus pour l'amour de Dieu que pour l'amour de vous-même. Quoi qu'il en soit, cela est passé maintenant; et si nous devons être réduits à recevoir la charité à Baltimore, ce sera du moins de la part de ceux qui comprennent comment on la fait. Si jamais j'osais demander à Dieu quelque chose touchant notre avenir temporel, ce serait assurément que nous ne fussions jamais forcés de retourner à New- York... Mais je ne demande rien. Que sa bienheureuse volonté s'accomplisse à tous les égards!... Dites Amen.

« Il m'en coûte de laisser cette page en blanc. Mais cette lettre doit partir en même temps que plusieurs autres lettres de M. du Bourg, et il faut que je l'envoie bien vite.

« Le cher évêque Carroll s'informe de vous et de votre vénéré frère, souvent, et toujours

1 Un des caissiers de la maison de banque de MM. Murray, à New -York.

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