CHAPITRE XIII
Si tu veux être parfait, va, et vends ce que tu as, et le distribue aux pauvres. L'évangéliste nous a dit que cette parole rendit tout triste celui qui la recueillit de la bouche du Sauveur. Elle fit, au contraire, l'espérance et )a joie de M. Cooper. Les mains divines de la charité le dépouillèrent de tout ce qu'il possédait; et quand il fut devenu pauvre pour l'amour de Jésus-Christ, il entra comme élève au séminaire de Baltimore, heureux de s'y préparer aux rudes labeurs de l'apostolat1.
EL1ZABETH A FILIPPO FILICCHI
28 février 1809.
« Vous allez penser, j'en ai peur, que cette pauvre petite femme , qui vous écrit si souvent sur le même sujet, a vraiment la tête tournée. Mais ce n'est pas choix de ma part, c'est mon devoir indispensable, de vous faire savoir sans
1 Après avoir exercé pendant plus de vingt ans le saint ministère à Baltimore, dans la Caroline du Sud, et dans les missions lointaines, M. Cooper, dont la santé s'était épuisée, trouva en France une sorte de retraite, active encore et féconde en bonnes œuvres , auprès de son ami M. de Cheverus, cardinal et archevêque de Bordeaux. Ce fut en 1832 qu'il arriva dans cette ville; il y mourut en 1843 , sept ans après M. de Cheverus,
en rien omettre ce qui vient de se passer depuis que je vous ai écrit, la semaine dernière , relativement aux incitations si pressantes qui me sont faites, et dont je vous ai parlé tout au long dans les lettres que je vous ai écrites, à vous et à notre cher Antonio , depuis mon arrivée à Baltimore.
« Je vous racontais, il y a quelque temps, la conversion d'un homme de bonne famille, et riche, à Philadelphie. Cette conversion est aussi solide qu'extraordinaire. Le converti est ici, au séminaire, sur le point de recevoir la tonsure. Voulant auparavant disposer de sa fortune, il a consulté notre révérend M. du Bourg, président du collège, sur le plan d'une institution qu'il voudrait établir pour donner aux enfants des familles catholiques une éducation propre à les établir dans la pratique de leur foi et à les y affermir. Dans la même vue, il désirerait encore qu'on pût étendre les admissions, dans l'établissement en question, aux personnes qui ont passé le jeune âge, qui n'ont pas reçu d'éducation, mais qu'on pourrait employer soit à filer, à tricoter, etc., de façon à fonder une manufacture sur une petite échelle; ce qui serait bien utile pour les pauvres ici. Vous voyez que j'étais vraiment tenue à vous faire connaître cette disposition de la Providence, afin de vous laisser juger vous-même