CHAPITRE XXIV
dre hésitation, c'est d'avoir été amenée à l'Église catholique. »
Le moment suprême approchait. Le Seigneur allait recevoir le dernier soupir de sa servante. Le samedi 30 décembre, M. Brute lui donna la sainte communion en viatique. Le lendemain, elle la reçut avec la communauté; et le 1er janvier, jour de la Circoncision , une troisième fois, la dernière... Cette nuit- là, la Sœur de veille l'avait pressée de boire, après minuit, une potion prescrite : « Never mind. A communion more... and our eternity ! Ne pensez pas cela. Une communion encore... et notre éternité! » répondit-elle. Et elle attendit le matin, à jeun.
Le 2 janvier, au milieu du jour, à l'heure solennelle où elle se tenait prête à participer aux grâces de l'extrême-onction, elle demanda que toutes ses filles fussent réunies autour d'elle. Toutes accoururent, pénétrées d'une incomparable douleur. Comme elle était trop faible pour leur parler elle-même, ce fut M. Dubois qui leur fit, en son nom, ses dernières recommandations. Elle les priait , avant tout, de demeurer unies entre elles, comme de vraies Sœurs de Charité , fidèlement attachées à leur règle. Elle leur demandait « humblement pardon des peines qu'elle avait pu leur causer, des mauvais exemples qu'elle avait pu leur donner! » Gomme le prêtre achevait, on
l'entendit qui disait de sa voix défaillante : « Je vous remercie, mes sœurs, d'avoir bien voulu m'assister à ce moment de l'épreuve... Soyez enfants de l'Église, soyez enfants de l'Église ! »
Elle reçut le sacrement des mourants ; et pendant ce temps, elle avait ses yeux levés vers le ciel avec une expression qui ne se peut rendre; non plus que l'accent de cette seule parole qu'elle prononça quand le prêtre eut fini : Oh! thankful! — Oh ! si reconnaissante! — Elle s'était unie au divin Sacrement avec une foi, avec un recueillement si sensibles, qu'il avait semblé à tous, dans le profond silence qui s'était fait à ce moment, qu'on aurait pu lire ce qui se passait dans son âme à chaque onction.
« Le 3 janvier, elle était dans le même état. L'après-midi , comme M. Brute était venu commencer le catéchisme de retraite pour les enfants qui devaient faire leur première communion le dimanche suivant, il entra, en s'en revenant, dans sa chambre. « Priez, lui dit-il, pour vos chères enfants. Peut-être encore vous unirez-vous à elles dimanche. » — Elle fît doucement le signe de tête d'abandon et de doute. Il ajouta : Demandez , et vous recevrez, a dit Notre- Seigneur; demandez- lui donc le ciel, pour l'aimer et pour le louer à jamais. Elle ré-