CHAPITRE XV
« Je vous ai décrit en détail le plan qui a été proposé par notre supérieur. Notre évêque et nos chers MM. de Gheverus et Matignon l'ont approuvé grandement. Les deux lettres que je vous ai écrites sont parties par des occasions différentes : il est donc à espérer que l'une des deux vous est déjà parvenue. Je veux seulement encore, mon très cher Antonio, vous demander, et demander à votre Filippo, pardon un millier de fois , si votre incomparable indulgente amitié pour votre sœur l'a portée à aller trop loin , lorsqu'elle y fait appel. Songez que je n'aurais pas voulu demander que vous donniez davantage, car votre générosité a déjà été trop grande, — et Notre-Seigneur, pour l'amour de qui vous avez donné, et à qui lui-même vous avez donné en la personne de la veuve et des orphelins , peut seul vous récompenser ! — Mais ce que je vous ai proposé, c'est qu'après avoir consulté les personnes compétentes , il vous plût d'investir quelqu'un d'une propriété à vous, tout en aidant à nous établir, nous qui avons été appelées au service de Dieu dans l'état religieux ; et avec nous , beaucoup d'autres personnes dont la vocation n'est pas douteuse. Cela, je vous l'ai proposé sans crainte, puisque Dieu paraissait vouloir que cette porte nous fût ouverte par votre généreuse bonté. Ma seule crainte, c'est que peut-être je ne
vous ai pas suffisamment bien expliqué ma pensée. »
Le rapide accroissement de la communauté d'Emmettsburg était un sujet de joie pour l'Église des États-Unis. Parmi ceux qui la saluaient de leurs prières et de leurs vœux , nul n'y prenait plus d'intérêt que M. du Bourg. En voyant grandir le nombre des Sœurs , sa pensée se reportait souvent vers ce jour où Dieu l'avait conduit pour la première fois près d'Elizabeth Seton , et lui avait inspiré le désir de remettre entre les mains de l'humble et pieuse veuve l'établissement d'une œuvre si belle. La société des Sœurs de Saint-Joseph eut M. du Bourg pour ami aussi longtemps qu'il vécut; mais, au bout de quelques mois, les liens qui le rattachaient à elle comme supérieur, et en quelque sorte comme tuteur, se trouvèrent dissous. L'année 1809 ne s'était pas écoulée, qu'il était nommé administrateur du diocèse de la Nouvelle-Orléans, dont il devint évêque en 1815. Son successeur comme supérieur de la communauté fut M. David, l'un des professeurs du séminaire de Sainte-Marie à Baltimore.
M. David , prêtre français , né près de Nantes, appartenait à la Compagnie de Saint-Sulpice. 11 occupait, avant la révolution, la chaire de philosophie et de théologie au séminaire d'An-