‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux Etats-UnisChapitre 56 sur 226 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

la maison la nouvelle de sa maladie, qu'elle se trouvait déjà « toute vive et tout entière entre les bras de la mort ».

L'admiration que sa rare vertu avait fait naître autour d'elle s'accrut encore, alors qu'on vit l'anéantissement de son être, ne servant qu'à faire éclater le triomphe de sa foi. La fièvre desséchait ses lèvres brûlantes , le battement de ses tempes indiquait la violence des douleurs qu'elle avait à la tête, tandis qu'absorbée, dès le premier moment, par l'excès même de ses souffrances , elle était demeurée sans parole, les yeux fermés, et paraissant ne rien sentir. C'était déjà l'immobilité, c'était le silence effrayant , qui succède à la vie disparue. Mais il suffisait qu'on lui parlât de Dieu, du ciel, de la sainte Vierge , et sa connaissance éteinte se ranimait. Au seul nom de Jésus , au nom de Marie, on la voyait faire effort pour relever ses paupières abaissées ; elle essayait de soulever sa main , et de la porter à son front avec le signe de la croix. Dans un moment de trêve à ses douleurs, elle recouvra la pleine possession de son esprit. Ce fut pour demander à recevoir la sainte communion. Peu de temps après, le délire s'empara d'elle. On entendait difficilement les mots entrecoupés , les paroles incohérentes qu'elle murmurait; mais on comprenait toujours que même les divagations h. 4

de sa pensée la ramenaient à son Dieu et au souvenir de son heureuse conversion. Le dernier signe de connaissance qu'elle donna fut pour s'unir à une hymne de bénédiction du saint Sacrement, que les Sœurs récitaient auprès de son lit. Elle entra dans son repos , le 22 décembre, sans lutte, sans agonie. Son dernier sommeil succéda à un sommeil d'engourdissement qui s'était emparé d'elle depuis plusieurs heures.

Quelques mois auparavant, tout en se jouant, elle-même avait indiqué la place où l'on déposa ses précieux restes, à l'entrée de la forêt. On se trouvait alors en pleine fête et sourire de l'été : la mère Seton avait invité les Sœurs à faire ensemble une promenade dans la vallée d'Emmettsburg» Comme elles s'en revenaient vers la montagne , elles s'étaient arrêtées aux travaux de leur maison, que l'on construisait. « Rien ne nous manque ici, avait dit Elizabeth; seul, le lieu de notre repos n'a pas encore été choisi. Voyons où nous le placerons, » dit-elle. On s'était mises à la recherche. Chacune avait donné son avis. Harriet, tout en écoutant, s'était assise à l'ombre d'un grand chêne , dont le branchage s'étendait jusqu'à terre, aussi vieux que le sol qui le portait. Elle tenait une petite pomme dans sa main, qu'elle s'amusait à faire sauter, comme une balle, en l'air.

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