CHAPITRE XVII
more : « Nous ne sommes pas sans craintes pour la facilité du départ de M. Flaget pour l'Amérique. Tout est si incertain , si variable... La crise que nous traversons est affreuse ; je n'ose entrer dans les détails1. »
Fort heureusement, M. Flaget put s'embarquer. Lorsqu'il partit, au mois d'avril 2, il était confiant dans l'espoir que la Sœur Bizeray et ses deux compagnes ne tarderaient pas à suivre le même chemin que lui. Il rapportait pour la communauté d'Emmettsburg une copie des statuts donnés aux Filles de la Charité par saint Vincent de Paul. Moins heureux d'autre part dans les démarches qu'il avait faites pour lui-même, il s'en retournait en Amérique chargé du fardeau de l'épiscopat. On eût dit qu'il n'était venu de Baltimore à Paris que pour recevoir de son supérieur l'ordre de se résigner au choix qui le désolait. Les premières paroles de M. Émery à ce nouvel arrivé qui paraissait devant lui après une absence de seize années , avaient été cette froide exclamation : « Quoi ! Monseigneur ! vous ici ? Vous devriez être dans votre diocèse. » Déconcerté , n'espérant rien gagner après cet accueil , M. Flaget avait écrit au pape lui-même. Le
1 Voir la Vie de M. Emery. Paris, 1862 (déjà citée). * Avril 1810.
pape avait confirmé sa première décision. Ce lut M. Émery qui reçut la réponse, avec mission de la transmettre, et d'adoucir le chagrin qu'elle devait causer à M. Flaget. Comme celui-ci ne dissimulait pas son effroi de la tâche qui lui était imposée, et qu'il alléguait son peu de capacité, ses goûts de silence et de vie cachée : « Pourquoi tant de répugnance, lui dit le vénérable supérieur, pour remplir un siège dans le désert? Vous ne serez guère que Vévêque des bois! » Il n'y avait pas à hésiter, le commandement du vicaire de Jésus-Christ était formel; M. Flaget courba la tête en signe de soumission. M. Émery, le voyant ainsi résigné , l'embrassa tendrement , et prit à cœur de le dédommager de la sévérité qu'il lui avait d'abord témoignée.
Le séjour que M. Flaget fit en France dura environ six mois. Sur le point de s'embarquer pour se rendre à son diocèse , il vint prendre congé de M. Émery. Les adieux qu'ils se firent furent remplis d'effusion, de part et d'autre. Au moment de la séparation, l'illustre supérieur général fit à Vévêque des bois deux présents d'une espèce singulière : c'était une boîte et un livre. La boîte contenait des aiguilles ; le livre avait pour titre : La Cuisinière bourgeoise. « Monseigneur, lui dit-il avec une agréable gaieté, ces aiguilles pourront vous