CHAPITRE XVIII
Il était un endroit peu éloigné de Baltimore où Ton pensait souvent à M. de Cheverus, depuis qu'on le savait arrivé dans le Maryland. A Emmettsburg, qui ne le comprendra? rien n'eût égalé le bonheur qu'aurait apporté sa présence. Jamais Elizabeth n'avait encore aperçu celui qui depuis six ans lui était à la fois comme un ami et comme un père. Il s'était rapproché d'elle , et cependant elle ne l'attendait pas. Sachant le besoin qu'avaient de lui tant d'âmes dont il était l'unique pasteur, elle ne s'était pas permis de demander sa visite. Il plut à la Providence de lui accorder ce qu'elle se refusait à elle-même avec une touchante abnégation.
de cent vingt environ. Nous trouvons les lignes suivantes dans une lettre écrite par lui à cette époque. « C'est prodigieux d'avoir à raconter les grandes marques de politesse qui m'ont été données en cette ville où un prêtre papiste était regardé, il y a encore si peu d'années, comme le plus grand monstre de la création. Plusieurs personnes ici , même parmi celles que l'on compte le plus, m'ont avoué qu'il n'y a pas longtemps elles auraient passé de l'autre côté de la rue pour éviter de rencontrer un catholique romain. L'horreur qui s'associait chez eux avec l'idée d'un papiste n'est pas croyable; ce qui l'entretenait, c'étaient les discours scandaleux dans lesquels leurs ministres, tous les dimanches, défiguraient la religion catholique. » Voir theRev. C. J. White, plusieurs fois cité.
Un des évêques que son propre sacre avait appelés à Baltimore, M. Egan, avait d'étroits liens avec la société des Sœurs de Saint- Joseph^ Une nièce à lui, Mlle Marie Egan, s'était mise depuis quelques mois sous la direction de la mère Seton. Le désir de voir cette jeune nièce avant de partir pour son diocèse, l'intérêt qu'il portait comme prêtre à la première communauté de femmes née sur le sol des États-Unis, le projet qu'il avait conçu déjà, et qu'il réalisa quatre ans plus tard, d'établir des Filles de la Charité à Philadelphie, tous ces motifs l'engagèrent à faire une visite à Emmettsburg. Naturellement il n'ignorait ni la part que M. de Cheverus avait eue à la conversion d'Elizabeth, ni l'intérêt que le saint évêque portait à tout ce qui la concernait. La pensée lui vint de l'inviter à l'accompagner dans le petit voyage qu'il comptait faire. M. de Cheverus, bien que pris à l'improviste, y consentit avec bonheur.
Son départ a lieu sans délai. On arrive à Emmettsburg. Plus vif, peut-être plus empressé que son compagnon de voyage, il le devance, et vient frapper à la porte de Saint- Joseph. L'instant d'après, la mère Seton est prévenue qu'un visiteur est là, qui voudrait la voir au parloir. Sans demander qui l'appelle, elle se hâte de s'y rendre. — Quel est cet inconnu, qui sourit à son approche?... Elle