‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 10 sur 225 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

lions de son esprit. Nous la voyons qui se reprend elle-même pour des fautes qu'une conscience moins délicate eût à peine aperçues. Presque toujours elle achève cette étude de son âme, en remarquant que ses moments eussent été mieux employés si elle les eût passés dans la prière et dans la retraite. En elle , ce qui nous ravit , c'est qu'un sentiment si sévère pour soi, si profondément religieux, s'allie avec une vivacité d'esprit et une gaieté remarquables; sa piété tout expansive n'a rien de ce caractère étroit et rigide qui trahit la sécheresse du cœur ; tout dans cette nature charmante est sincère et communicatif.

L'ordre moral a cette beauté, qu'aucune vertu n'est opposée à une autre vertu. Les défauts de notre humanité s'excluent pour la plupart à un tel point, que la même personne , si imparfaite qu'elle soit, demeure dans une heureuse impossibilité d'avoir tous les défauts ensemble ; tandis qu'on rencontre la réunion des qualités les plus diverses dans certains caractères voisins de la perfection. Ainsi, chez notre Elizabeth on pouvait admirer dès le premier abord les contrastes les plus heureux. Elle avait la confiante gaieté, l'enjouement, les grâces naïves d'une âme où tout est candeur; l'ouverture du cœur, qui donne à l'amitié son prix , et aux simples relations

leur grand charme ; tandis qu'elle réunissait à un haut degré les qualités solides d'un esprit sérieux, mesuré, réfléchi. Ces dons lui étaient naturels, et la leçon des événements n'avait pas manqué pour les faire mûrir ; l'éducation aussi les avait développés en elle. Si les soins éclairés de son père avaient réglé la vivacité de son caractère et lui avaient enseigné à posséder son âme dans la douceur, des scènes venues du dehors, pleines d'émotion et de tristesse , l'avaient rendue sérieuse dès son enfance , elle qui au fond était la gaieté même.

Autour de son berceau , dans la maison paternelle, la mort de sa mère avait jeté le premier deuil ; puis étaient survenus les sombres événements de la guerre qui, pendant sept ans, avait mis l'Angleterre aux prises avec les colonies issues de son sein. A l'âge où d'ordinaire tout est insouciance et plaisirs enfantins, Elizabeth, entourée de visages sérieux, avait vécu tour à tour effrayée et agitée par les rumeurs de la guerre , les nouvelles sinistres des combats gagnés ou perdus, les mouvements des corps d'armée , le tumulte qui remplit une ville occupée militairement. Richard Bayley faisait partie de l'armée anglaise. Il était attaché, en qualité de chirurgien, à l'état -major de sir Guy Carleton, un des généraux en chef.

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