‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 11 sur 225 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Enfermée dans la ville de New-York, que cernaient du côté de la terre les troupes de Washington, la petite Elizabeth avait connu de bonne heure tous les genres de privations. Quand, après la victoire de Brooklyn, lord Howe avait pénétré dans la ville, les généraux anglais y avaient établi le centre de leurs opérations militaires *. New -York comptait dans son sein un grand nombre de citoyens qui soutenaient l'autorité de la couronne d'Angleterre, en opposition avec le congrès et l'immense majorité du peuple américain. Ces loyalistes, c'est ainsi qu'on les appelait, s'étaient flattés d'obtenir pour la cité quelques concessions bienveillantes qui eussent rendu le régime de l'occupation moins insupportable. Une bonne politique eût commandé de leur accorder ce qu'ils désiraient. On ne le comprit pas. La ville fut traitée avec une dureté extrême, et les mesures acerbes qu'on y déploya aggravèrent pour les habitants les calamités inséparables de l'état de siège. Le moment où ils souffrirent le plus fut l'hiver de 1780, qui se prolongea longtemps avec une rigueur extraordinaire. Les eaux qui entourent la ville , et même celles de la mer, se trouvèrent couvertes d'une glace si épaisse, que Washington conçut le plan de s'en servir

1 AOÙl 1776.

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comme d'un chemin pour faire avancer son artillerie, ses bagages et toute son armée. Du côté de la terre, il intercepta tous les convois qui pouvaient approvisionner la ville. Les denrées et les autres objets qu'une population nombreuse attendait chaque jour de la libre communication par eau firent défaut en même temps. Les vivres devinrent hors de prix; la disette se fit sentir dans la place. Le bois y manqua à ce point, qu'on fut réduit, pour en avoir, à démolir des maisons et à briser d'anciens vaisseaux de transport , qui servirent pour le chauffage •.

A la souffrance qu'amenaient ces privations, se joignait pour les habitants de New- York l'horreur des cruautés dont ils étaient les témoins. Sous leurs yeux, les prisonniers américains, entassés sur les pontons dans la rade, périssaient, par milliers, de misère et de faim; ils étaient jetés à la mer, et leurs restes infortunés, à demi submergés, battus par les flots, rendaient l'air pestilentiel. Les nouvelles qu'on recevait du dehors offraient de sinistres images : combats sanglants, ruine, incendie, dévastation promenée par toute la contrée. Aux portes de New-York, les Indiens,

1 Voir John Marshall , The life of gênerai George Washington.

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