CHAPITRE Vlll
à saint Pierre, et le sixième chapitre de l'Évangile de saint Jean; et ensuite, je demande à Dieu s'il est possible que je l'offense en croyant à des paroles si formelles •. Je lis mon cher saint François de Sales, et je me dis: Est-il possible que j'ose me permettre de penser autrement que lui, et de chercher, pour arriver au ciel, un autre chemin que celui qu'il a pris? J'ai lu votre Réforme d' Angleterre , et j'y ai trouvé des arguments si concluants, qu'ils n'admettent aucune réplique. Dieu ne m'abandonnera pas, Antonio. Je sais qu'il me réunira
1 C'est dans le sixième chapitre de l'Évangile de saint Jean que sont renfermées les promesses de la divine Eucharistie que Noti"e-Seigneur établit la veille de sa passion et de sa mort. Plus tard, quand les évangélistes rapportent comment ces promesses de Notre-Seigneur furent réalisées, ils citent les paroles sacramentelles que l'Église catholique met dans la bouche de ses prêtres au moment le plus solennel du sacrifice de la messe: paroles toutes-puissantes, dont Luther disait: Ces mots-là m'étrany/ent !
Le même Luther, défenseur de la présence réelle , écrivant à ses frères de Francfort, et opposant aux dissidentsce sixième chapitre de l'Évangile de saint Jean, s'écriait: « Qu'ils nous montrent donc une version où soit écrit : Ceci « est le signe de mon corps. S'ils ne peuvent la montrer, « qu'ils se taisent. L'Écriture! l'Écriture! exclament- ils « sans cesse; mais la voilà l'Écriture! elle crie assez haut « et assez clairement ces paroles qui aboient contre eux : « Ceci est mon corps. Il n'y a pas un enfant de sept ans « qui ne comprenne ce texte, et qui lui donne ime autre « interprétation. »
236 ELIZABETH SETOX
à son troupeau. Et, bien que ma foi soit encore hésitante, je suis certaine qu'il ne trompera pas mon espérance, car elle est fondée sur sa propre parole. N'a-t-il pas dit qu'il ne dédaignerait jamais le cœur humhle et contrit, qui, s'il était seulement assez heureux que de lui plaire , serait prêt à regarder les pertes de ce monde comme un gain? »
ELIZABETH A AMABILIA FILICCHI
6 septembre 1804.
« Jusqu'à présent, je n'avais pas souffert l'épreuve d'une si triste lassitude de la vie. Mes délicieux petits enfants , autour de la table où ils étudient, ou près de m on foyer le soir, me font oublier un peu cet indigne abattement, qui vient, je crois, de la continuelle application de mon esprit à tous ces livres qu'on m'apporte pour mon instruction, et surtout aux prophéties de Newton. Ce n'est pas que votre pauvre amie se trouble aisément des faits sur lesquels ce livre s'appuie ; mais c'est qu'ayant cru toute ma vie que ceux dont l'intention était bonne seraient sauvés, je suis pénétrée jusqu'au fond de l'âme de voir que les protestants en jugent tout différemment;