CHAPITRE
devenus les auxiliaires de l'Angleterre, commettaient des actes de férocité épouvantables. Malheur au soldat américain dont ils s'emparaient; sa tête tranchée et sa chevelure scalpée avaient un prix que des guerriers civilisés osaient débattre avec les sauvages. Les récits de ces horreurs glaçaient d'effroi ceux qui les entendaient. On conçoit l'impression qu'en pouvaient ressentir de jeunes imaginations. Dans la maison de M. Bayley , où l'on n'eût entendu en tout autre temps que le bruit des jeux et le gai bourdonnement d'un essaim de joyeux enfants , on voyait régner le silence avec la frayeur.
Tant que dura cette guerre pour l'indépendance américaine, chaque jour attisa la fureur de la lutte et la violence des représailles dont on usa dans les deux camps; chaque jour creusa plus profondément l'abîme qui sépara pour toujours l'empire britannique de ses colonies.
Rien cependant de ce qui a coutume de causer les révolutions dans l'ancien monde, et d'y faire couler le sang des peuples , n'avait eu lieu dans les colonies anglaises avant cette immense crise. Rien n'y était apparu qui eût offensé ces intérêts si chers, la religion, les institutions, les usages anciens; l'ordre public n'avait point été interverti ; les principes de
gouvernement étaient toujours demeurés les mêmes.
Les colonies anglaises, et ce fut une des principales causes de leur prospérité, avaient toujours joui de plus de liberté intérieure et de plus d'indépendance politique que les colonies des autres peuples. Si leurs accroissements progressifs avaient à plusieurs reprises éveillé l'attention de la métropole, celle-ci n'y avait trouvé qu'un motif pour affirmer les prérogatives de sa tutelle; jamais elle n'avait touché aux droits que les colons tenaient de leur origine, et qui étaient inhérents à leur quahté d'Anglais. Ainsi, le système représentatif était la base de leurs constitutions diverses ; la procédure par jurés était un de leurs privilèges; ils votaient dans leurs assemblées les impôts, les lois, les règlements d'administration intérieure. La sanction royale, nécessaire à la plupart de ces actes, était généralement accordée à tous ceux qui n'avaient rien de contraire aux lois et aux droits de la métropole.
Fiers de leur origine, les colons américains n'avaient jamais cessé de regarder la constitution britannique comme le chef-d'œuvre de la sagesse humaine. Ils participaient à ses bienfaits , et s'étaient accoutumés à penser qu'en traversant la mer Atlantique, leurs ancêtres avaient emporté avec eux les franchises et les