CHAPITRE IX
particulier qu'elle eût réclamé, car il lui était nécessaire. C'est pourquoi elle s'adressa à M. deCheverus, qui était à cette époque simple missionnaire attaché à la mission de Boston. Elle lui écrivit, et le laissa lire en son âme. En vain ceux qui l'entouraient, comprenant qu'elle voulait en finir avec l'hésitation et les délais, redoublèrent -ils d'efforts pour ébranler son courage ; ils trouvèrent sa volonté enracinée dans son cœur. « Les catholiques me sont représentés tous les jours comme la lie du peuple, écrivait -elle; la congrégation catholique est traitée devant moi de peste publique; mais cela ne me trouble nullement. La congrégation d'ici peut être tenue dans le dernier mépris, et toutefois demeurer très-agréable à Dieu ; et il peut y avoir dans le nombre quelques brebis très-mauvaises , sans que la foi en soit atteinte pour cela. Et quand bien même le prêtre qui la dirige n'aurait pas droit à plus de respect qu'ils ne veulent lui en accorder ici, son ministère , lorsqu'il l'exerce et qu'il administre les sacrements, n'aura pas moins d'efficacité pour moi, si jamais j'y ai recours et si jamais je les reçois. Je ne cherche que Dieu et son Éghse. C'est là que j'espère trouver ma paix. Je ne l'attends pas de ce qui est humain. » On l'a vy déjà, c'était l'arme du mépris que les adversaires de l'Église calhohque choisis-
saient de préférence pour la maintenir dans sa position humiliée, et détourner d'elle les conversions. En dépit de leurs efforts, la liberté de conscience, inscrite dans la nouvelle constitution , triomphait des préjugés du peuple américain, échappait à la sourde conspiration des sectes protestantes, et se hâtait de produire ses fruits. Libres d'agir en plein air, quelques généreux apôtres du catholicisme, par l'héroïsme de leurs sacrifices, l'ardeur de leur zèle, la dignité de leur caractère, révélaient aux yeux de tous les beautés et les grandeurs de la religion qu'ils professaient. Les premières années du xix^ siècle furent pour l'Éghse d'Amérique l'heureuse et brillante aurore d'un jour dont la splendeur s'accroît encore.
Nous ne saurions trop admirer les voies divines de la Providence , puissante à faire sortir le bien du mal , comme autrefois la lumière des ténèbres et du chaos. C'était la persécution de l'Église de Jésus-Chri-t dans le royaume de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis, qui se chargeait d'envoyer aux États-Unis les ouvriers évangéliques les plus propres à faire fructifier la moisson du père de famille. Ces missionnaires apostoliques, ces vénérables prêtres de la compagnie de Saint-Sulpice, ces fondateurs des séminaires, et presque tous les premiers évêques des sièges épiscopaux nouvel-