CHAPITRE IX
maintenant avec calme et fermeté à l'Église catholique; car si la foi importe tant à notre salut, je veux chercher la vraie foi à la source d'où elle est sortie ; je la veux chercher parmi ceux qui l'ont reçue de Dieu lui-même. Les points livrés à la controverse, je suis tout à fait incapable de les décider; et comme le protestant le plus sévère admet qu'un bon catholique peut être sauvé, j'irai aux catholiques, et je m'efforcerai d'être une bonne catholique moi-même. Dieu veuille agréer mon intention et avoir pitié de moi !
« Quant à supposer que la parole de Notre- Seigneur aurait pu faillir, et que lui-même, notre Sauveur, aurait souffert que V Antéchrist vînt bâtir sur les premiers fondements qu'avaient posés ses mains divines, je ne peux m'y arrêter ; ou bien je serais arrêtée à chacune des paroles de Notre-Seigneur, et je finirais par être tentée de n'être plus même chrétienne.
«Venez donc, mes petits enfants, suivez-moi. Nous irons ensemble aujugement. Nous présenterons à Notre-Seigneur ses propres paroles; et s'il nous dit : « Insensés, vous n'avez pas compris ce que je vous ai dit! » nous lui répondrons : « Seigneur, puisque vous nous avez dit que vous seriez toujours, et jusqu'à la consommation des siècles, avec cette Église que vous avez cimentée de votre sang pré-
cieux; si depuis vous l'aviez abandonnée, ce serait donc votre parole qui nous aurait égarés ; c'est pourquoi, Seigneur, pour l'amour de votre parole, quil vous plaise de faire grâce à ces pauvres insensés. »
Le mercredi des Cendres , 44 mars , Elizabeth se rendit à l'église, ferme et calme au dehors, mais brûlante au dedans , et transportée de la joie qu'elle avait de se consacrer à Dieu. « Oh! comme mon cœur , dit-elle , se fondit en silence devant le petit tabernacle et le grand crucifix ! « Ah ! mon Dieu, disait-il, laissez-moi reposer ici. » Puis , je tombai à genoux et j'y demeurai longtemps, la tète penchée sur ma poitrine. S'il m'avait été possible d'avoir une autre pensée que celle de Dieu, le bruit et l'agitation qui se faisaient autour de moi auraient suffi, ce me semble, pour étonner une personne qui arrivait là pour la première fois. Mais je n'y étais venue que pour rendre visite à la divine Majesté, et je n'appris que plus tard la cause de ce tumulte. Il venait de l'empressement des fidèles qui allaient vers l'autel pour recevoir les cendres; car ce jour était le premier du carême. Le prêtre irlandais , qui venait, à ce qu'il paraît, d'arriver tout nouvellement, des plus vénérables , mais un peu extraordinaire, fit un discours sur la mort, et parla d'elle si
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familièrement, qu'il me charma et me fit renaître. ))
L'office terminé , Elizabeth abjura foruiellement le protestantisme, entre les mains de M. Matthew O'Brien, et en présence d'Antonio Filicchi, qui se porta devant Dieu pour garant de ses promesses. Avecla simplicité et l'humble soumission d'une vraie enfant de l'Église, elle confessa sa croyance à tout ce qu'enseigne le dogme catholique, s'appuyant avec confiance sur cette autorité qui représente l'autorité même de Jésus-Christ. Lorsqu'elle eut accompli cet acte solennel, une paix inexprimable se répandit dans tout son être. « Je m'en revins chez moi, dit-elle, le cœur léger et la tête calme pour la première fois depuis bien des mois; conjurant Notre-Seigneur d'enfoncer mon cœur le plus avant possible dans son côlé ouvei't, si bien représenté silr ce beau crucifix, ou de l'enfermer dans son saint Tubernacle, demeure où maintenant je reposerai à jamais. Oh! les délices do celle journée avec les chers etifants! Oli ! la juie do ce cœur ravi d'allégresse en Dieu, tandis qu'entourée de ces chcns, je me mêlai.-» à leurs aimables divertissements! »
290 ELIZABETH SETOX
ELIZABF.TII A AMABII.IA FILICCHI
10 mars 1805.
« Je suis si heureuse de me préparer pour une bonne confession! Toute mauvaise que je suis, je serais vraiment prête à la faire sur les toits, si je pouvais ainsi m'assurer la bonne absolution que j'espère obtenir pour commencer désormais une nouvelle vie; tout à fait une nouvelle vie. Je ne trouve pas bien difficile cet examen qui fait partie de ma préparation. 11 est vrai que pendant ces derniers mois de luttes et de chagrin, j'ai souvent repassé toute la suite de ma vie dans l'amertume de mon cœur. »
20 mars 1805.
« Je l'ai accompli , ce devoir, plus aisément que je n'avais cru. C'est le si excellent, si respectable M. O'Brien qui a été mon confesseur. Il a eu pour moi, dans cette oeuvre de miséricorde, toute la compassion, mais en même temps toute la fermeté, que j'aurais pu attendre de Notre-Seigneur lui-même. C'est, en effet, Notre-Seigneur lui-même que j'ai vu uniquement en la personne de son saint prêtre, qui le remplaçait vis-à-vis de moi dans ce vénérable sacrement. Qu'elles sont imposantes ces paroles de l'absolution qui ont brisé les liens