CHAPITRE IX
tante , elle n'eût manqué ni d'appui ni de conseil. Secondée, encouragée, bien accueillie dans sa famille, elle eût facilement attendu le retour de jours plus heureux. L'avenir avait pour elle et pour ses enfants des promesses jusqu'alors certaines. Mais l'héritage qui lui était assuré fut transporté sur une tête étrangère, dès qu'elle eut fait connaître son abjuration.
Tout l'accabla dans le même moment. Rien ne manqua pour son épreuve. Elle l'avait prévue, mais sans s'effrayer; comptant, pour la traverser, sur la Providence dont la main lui apparaissait sensible, et comme visible, dans la conduite de sa vie. Sa providence ici-bas, Antonio, bien qu'éloigné le plus souvent de New- York, était encore à portée d'elle. Il n'avait pas quitté l'Amérique. Les intérêts de la maison Filicchi l'y retinrent près de deux ans. Au nom de Filippo et de concert avec lui, il mit à sa disposition une somme considérable, qu'il lui fit recevoir à titre d'avance, en invoquant les droits qu'a l'amitié pour triompher d'une discrétion excessive.
Elizabelh avait en elle la vraie grandeur d'âme. Elle accepta ces marques de générosité dans le même sentiment qu'on les lui offrait; ne se sentant ni mortifiée des dons d'une amitié aussi délicate que libérale , ni gênée par le
poids d'une reconnaissance douce à son cœur. Toutefois, son énergie naturelle et les ressources de son esprit lui commandaient impérieusement de se suffire à elle-même. Elle prit conseil de ceux qui lui portaient intérêt, songea résolument à ce qu'elle pouvait faire , et ne trouva rien de mieux que d'ouvrir une petite école dans un des faubourgs de la ville.
C'était, en effet, le moyen le plus prompt et le mieux à sa portée, pour tirer un parti des seuls biens qui lui restaient: ses talents, son intelligence, son activité. Sa décision était arrêtée, ses plans sagement combinés pour exécuter son projet. Au moment où elle croyait ouvrir son école , divers obstacles survinrent qui réduisirent à néant ce qu'elle pensait avoir préparé si bien. Ce contre- temps la plongea dans un embarras extrême. Antonio Filicclii, M. de Cheverus, M. O'Brien et quelques amis comme eux, se tourmentaient de la voir livrée aux difficultés du présent et à l'obscurité de l'avenir. Elle, pénétrée des joies de sa conversion, s'étonnait de se trouver forte et paisible en présence d'une situation qu'au point de vue humain on eût appelée désolante. Elle écrivait à Antonio Filicchi le 6 avril :
{( Vous m'avez amenée, mon cher Antonio, à la possession d'un bonheur qui ne souffre pas