CHAPITRE
dant et libre, elles formèrent désormais la république des États-Unis, dont l'Angleterre et les autres puissances reconnurent l'existence, en 1783, par des traités solennels.
Une année avant la conclusion de la paix, alors que les succès des Américains faisaient prévoir l'issue de la lutte, le commandement des forces britanniques avait passé des mains de sir Henry Clinton à celles de sir Guy Carleton. La modération de son caractère, l'humanité qu'il avait montrée quand les vicissitudes de la guerre l'avait rendu victorieux, l'estime qu'il s'était acquise dans les deux camps opposés, le désignaient entre tous pour traiter des conditions de la paix avec le général Washington. Richard Bayley, nous l'avons dit, était attaché à l'état-major de sir Guy Garleton ; une étroite amitié unissait l'habile et savant chirurgien au noble chef d'armée. Le nom de Guy Carleton demeura toujours entouré de respect dans la famille de M. Bayley. Il fut donné à l'un des enfants qui naquirent à Richard de son second mariage avec M^e Barclay. Guy-Carleton Bayley, le troisième des fils de cette jeune famille, porta dignement toute sa vie ces deux noms réunis sur lui, en souvenir d'une alfection si précieuse et si honorable pour son père.
Quand les troupes anglaises évacuèrent New-
York, la dernière ville qui fût demeurée en leur pouvoir, Elizabeth entrait dans sa onzième année. La scène qu'elle avait eue sous les yeux depuis les jours de sa première enfance, se transforma subitement autour d'elle , comme on voit sur les théâtres ces décorations éphémères qui disparaissent en un instant pour donner place à des tableaux dont la nouveauté surprend.
Le départ des derniers soldats de Guy Garleton fut le signal de l'arrivée d'un détachement de l'armée américaine , qui prit possession de la ville. Des gardes ayant été postées pour la sûreté des habitants, le général Washington, suivi d'un grand nombre de citoyens et d'un brillant entourage d'officiers civils et militaires, fit triomphalement son entrée au milieu des acclamations d'un peuple ivre d'enthousiasme. Si les anciens adhérents du parti anglais évitèrent de prendre part aux démonstrations de l'allégresse universelle, leur silence du moins ne put exclure chez eux le respect que le héros de l'indépendance inspirait à ses adversaires eux-mêmes. Washington était alors sur le point de se dépouiller du pouvoir suprême pour rentrer simplement et noblement dans la vie privée. Ce fut à New- York qu'il prit congé de ses frères d'armes. La scène de ses adieux, scène grandiose et touchante, eut