CHAPITRE IX
J'ai si peur de n'être pas assez respectueuse dans mes expressions! Vous le savez, mon cœur quelquefois m'emporte au delà des limites. Si cela m'est arrivé cette fois-ci, demandez indulgence pour moi. »
De nos jours, tel est l'esprit tolérant qui règne aux E^tats-Unis , qu'on y voit partout les enfants des meilleures familles protestantes qui remplissent non -seulement les écoles dirigées par des laïques catholiques, mais encore les collèges et les couvents où l'éducation leur est donnée par des prêtres et des religieuses. Ce progrès s'est opéré lentement; rien ne le faisait prévoir dans les premières années de ce siècle. A New- York, en ce temps-là, une maison dirigée par des catholiques ne pouvait prospérer, si parfaite qu'elle fût : M. White et Elizabeth en firent l'épreuve. Leur école, qui avait paru réussir dans les commencements , ne tarda pas à se désemplir. A la fm du mois d'octobre, elle était fermée. Des personnes qui prenaient intérêt à Elizabeth et à ses enfants, tout en déplorant ce qu'elles appelaient « l'égarement de la pauvre madame Seton », pensèrent à lui trouver dans une école protestante, auprès d'un M. Harris, la position que M. et M"'° AVhite ne pouvaient plus lui cflVir. Le point difficile était de savoir si M. Harris I. 10
voudrait prendre comme associée la nouvelle convertie. Il reçut très - froidement les premières démarches que l'on fit auprès de lui. On avait espéré mieux. Le mécompte qu'on éprouva retomba en mauvaise humeur sur Elizabeth. Antonio Filicchi fat le confident de ce qu'elle eut alors à souffrir : « On me dit , lui écrit-elle , qu'il n'est pas sûr que M. Harris, le maître de l'école, veuille jamais avoir pour associée une catholique, ni que des parents veuillent confier à mes soins leurs enfants, et les laisser demeurer près de moi... Je me suis laissé dire toutes ces choses, et je les ai écoutées avec une humilité mêlée d'une secrète joie d'avoir à endurer des reproches pour son nom ; et j'ai répondu qu'après tout, je ferais telle chose honnête que ce fût, qui pourrait nous aider à vivre. »
Les pourparlers entamés dans l'intérêt d'Elizabeth , auprès de M. Harris, se continuèrent pendant plusieurs semaines sans aboutir à aucune fin. Ceux qui s'occupaient de les faire réussir se lassaient, se décourageaient de ces lenteurs. Racontante Antonio les ennuis qu'elle leur donnait, leurs démarches sans résultat, les nouveaux plans qu'ils lui proposaient sans qu'elle pût en attendre rien, « en un mot, ditelle, Tonino, ils ne savent que faire de moi. Mais Dieu le sait; et quand son bienheureux