‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 148 sur 225 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

crèche jusqu'à la croix; je vous aiderais à séparer votre cœur des pensées de ce monde, à livrer ce corps de péché au châtiment qu'il mérite, et à implorer cette grâce sanctifiante qui transforme les peines du temps en une gloire immortelle; je vous redirais enfin ces doux enseignements , ces préceptes divins que nous lisions ensemble pendant l'heureuse et dernière nuit que je veillai près de vous.

« Ma Cecilia, je vous en supplie, offrez à Dieu toutes vos peines , toutes vos traverses ; afin qu'elles soient unies aux souffrances, aux angoisses, aux délaissements, que notre divin Rédempteur a soufferts pour nous sur la croix. Priez pour qu'une goutte du sang précieux qu'il a répandu vienne tomber sur vous, vous fortifie , vous éclaire , et soutienne votre âme en cette vie , lui assurant en l'autre vie son salut éternel. Il connaît notre faiblesse et les défaillances de notre cœur. Ainsi qu'un père qui s'attendrit sur ses enfants, notre Dieu a pitié de nous. N'a-t-il pas déclaré lui-même qu'il n'abandonnerait jamais l'âme qui met son espoir en son nom? »

Le premier soin de Geciha, rétablie de sa maladie , fut de chercher le moyen d'être éclairée des vérités de la foi dans la vraie Église de Jésus - Christ. Dès ce moment, ce

qu'on avait pu prévoir arriva, et jusqu'à l'excès : menaces, emportements, reproches affectueux, tendres caresses, tout fut mis en œuvre, et tout échoua. Que ne peut l'égarement d'un zèle aveuglé, même chez les meilleurs! On enferma Gecilia dans une étroite réclusion; elle demeura séquestrée, à différentes reprises, pendant plusieurs jours, tandis qu'on la menaçait de rigueurs plus grandes si elle ne promettait pas de rompre toute relation avec celle qu'on appelait la corruptrice de son esprit. Un vaisseau se trouvait dans le port de New-York, prêt à faire voile pour les Indes occidentales; on alla jusqu'à feindre de prendre des mesures pour l'y embarquer, Épouvantements sans objet , pressantes obsessions, c'était peu encore ; on tortura son cœur, en lui représentant qu'elle allait causer la ruine totale d'Elizabeth, qu'on pourrait priver de son pain, elle et ses enfants, en obtenant de la législature de New -York qu'elle fût expulsée de la ville,

L'intrépide Cecilia, convaincue qu'il n'est si redoutable malheur, ni si grand avantage humain, en droit de s'interposer entre la conscience et Dieu, fit comprendre qu'elle était prête à tout sacrifice. Le Tout-Puissant la soutint, et disposa les voies de telle sorte, que, malgré des obstacles de toute nature, elle fut admise au sein de la vraie Église, le 20 j uin 1806.

Sitôt qu'elle eut déclaré qu'elle était catholique, et que rien ne serait capable de rompre ses nouveaux liens, on lui signifia d'avoir à quitter, pour n'y reparaître jamais, la maison qui l'abritait depuis son enfance. Sous le poids d'un arrêt si rigoureux, cette délicate et frêle enfant, l'idole jusqu'à ce jour de toute sa famille, fit preuve d'une fermeté digne des premiers siècles chrétiens. Ses protecteurs naturels l'abandonnaient; la colère de ceux qu'elle ne pouvait s'empêcher de chérir, lui était une torture ; mais on n'entendit d'elle aucune plainte. Elle s'éloigna. Ces quelques mots qu'elle laissa, furent remis à l'une de ses sœurs après son départ: « Ma chère Charlotte, par suite de ma ferme résolution de demeurer attachée à la fui catholique, je quitte votre maison, ce matin, et ne puis que seulement vous répéter, que si ma famille consent à me recevoir de nouveau dans l'exercice de ma foi , je n'aurai d'autre désir que de me retrouver au milieu d'elle, et de donner à chacun de vous toutes les preuves possibles de mon affection, en redoublant de soins pour vous plaire, et en étant soumise à tous vos désirs sur tous les points compatibles avec ce que je dois à Celui qui le premier a droit à mon obéissance. Et maintenant, quels que soient les desseins que la providence du Dieu tout-puissant ait sur moi , je m'y

soumettrai avec une entière soumission et confiance en sa protection.

« A jamais, votre sœur affectionnée ,

« Cecilia. »

Vraie disciple et vraie enfant de ce Sauveur qui disait ; Les renards ont leurs tanières , etles oiseaux ont leurs nids , mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête, Cecilia s'en alla frapper à l'humble porte d'Elizabeth. Celle-ci, est-il besoin que nous le disions? la reçut à bras ouverts. En l'accueillant, elle accomplissait un devoir; le plus doux de tous les devoirs, et le plus périlleux pour elle.

Ce qu'il nous faut dire maintenant, peut-être avons -nous pensé à le laisser dans l'oubli. Mais c'est la fidélité du récit « de n'oser rien dire de faux, de n'oser rien taire de vrai * ». Ceux dont Eiizabeth avait déjà tant souffert se conjurèrent pour la perdre. Plus ardents qu'eux tous, ses anciens pasteurs, l'évêque Moore et Henry Hobart, les mêmes qui, naguère encore, n'avaient cessé de lui dire : « Agissez selon votre propre sens. Faites ce qui vous semblera le mieux d'après votre propre jugement-, »

1 C'est ua philosophe ancien, Cicéron, qui définit ainsi cette belle loi de l'histoire et de tout récit consciencieux.

2 Voir la lettre d'Elizabeth à Antonio Filicchi, le 8 septembre 1804, page 238.

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