CHAPITRE X
VOUS les appelez, — qui ne valent pas que je les redise. Ils tinrent enfin une réunion de famille où il fat résolu que, si elle persévérait, chacun d'eux individuellement se considérerait comme engagé à ne jamais plus nous adresser la parole à l'une ni à l'autre ; et chacun engagé aussi, à ne plus jamais souffrir qu'elle passât le seuil d'aucun d'entre eux.
« Le jour où l'on devait la chasser si elle ne cédait pas à ce qu'on lui demandait, elle a tranquillement fait un paquet de quelques-uns de ses vêtements, et elle s'en est venue, de très-bonne heure dans la soirée, chez moi, où elle a été suivie par les lettres et les accusations les plus injurieuses contre notre foi, contre la bigoterie, la superstition, les mauvais prêtres, etc.. M. Hurley s'est montré en tout ceci comme un ange, et aussi comme notre véritable ami. Autrement commentvotre pauvre petite sœur aurait - elle su ce qu'elle devait faire! Mais le Dieu tout -puissant pourvoit à tout. C'est en ses mains que je remets ma cause. »
346 ELIZABETII SETON
Londres, 5 septembre 1806.
« Ma bien-aimée sœur,
« Bien que je n'aie point de lettres de vous , bien que paresseux, bien que défiant de moimême, bien qu'ua enfant dans votre langue, ou plutôt un pauvre vieil ignorant , voici une courte lettre écrite en anglais par votre vrai et solide ami et frère. J'espère que votre santé est bonne. La mienne, comme toujours, est parfaite. J'ai eu la bonne fortune inattendue de n'être malade en mer que pendant la moitié seulement de notre passage jusqu'à Bristol, qui a duré quarante-trois jours.
« Dans cette immense ville de Londres , j'ai eu bien de la peine à découvrir M. Tisserant. Il demeure loin de moi , à une distance de six milles ', et jusqu'à présent il ne nous a été possible de nous rencontrer l'un l'autre qu'une seule fois. Il demande qu'on le rappelle à votre souvenir. Vous le reverrez bientôt en Amérique.
« Je pense que j'irai la semaine prochaine à
1 Le mille anglais est de 1600 mètres.