CHAPITRE X
rendue fière, pendant que j'en lisais le dernier paragraphe aux Barry et à d'autres de mes amis. Non pas tant, cher Antonio, par des considérations humaines; car, vous le savez, la Providence protège toujours le pauvre et celui que rien ne défend ; mais parce que vous, le meilleur, et le plus tendre des amis, êtes envers nous l'instrument de la miséricorde de notre Dieu, trois fois bénie, dont l'éclat se reflète sur votre propre cœur, et le fait paraître dans tout son honneur et sa gloire.
« Je vous écris à Livourne, espérant que vous êtes maintenant, sain et sauf, entre les bras de votre Amabilia , du doux Patrizio , de vos autres bien-aimés; et quB vous aurez déjà donné, avant que ceci ne vous parvienne, cent baisers à mon cher Giorgino pour sa pauvre signera Seton , qui n'a plus d'autre espoir de le revoir que par la permission de saint Pierre... Est-il possible, Antonio, que nous ne nous revoyions plus en ce monde!... Dieu compatissant ! il ne faut pas que je m'arrête à cette pensée , si ce n'est pour y trouver à m'exciter à gagner entrée au paradis. C'est là que vous m'aviez, dès le premier abord, invitée. Vous en souvient-il 7 C'est là, mon frère, vous le savez, que tendent toutes mes espérances. Vous y retrouver, vous et les chers vôtres, est un de mes plus ardents désirs.
352 ELIZABETII SETON
« Je VOUS ai raconté une partie des étranges événements qui se sont passés ici depuis votre départ. Si ma lettre vous est parvenue, elle suffira. Si vous ne l'avez pas reçue, je ne reviendrai pas sur ces choses, qui ne valent pas d'être rappelées ; d'autant que j'en ai fait le récit à votre Filippo. — Jamais, en aucun temps, je ne me suis trouvée si contente, si satisfaite de ma portion de chaque jour. J'espère que c'est ici le temps de la moisson ; chaque heure amène son sacrifice... Votre ami, M. de Cheverus, et M. Matignon se sont tout à fait opposés à la pensée que j'avais de m'éloigner d'ici. J'y reste donc, contente de savoir qu'en leur obéissant je fais la volonté de Dieu, ce qui est l'unique objet.
« M. Tisserant m'a écrit de Londres plusieurs fois; il me parle beaucoup de vous, et me fait espérer son retour pour le printemps prochain. Une seule parole que la charité dicte pour moi à l'un de ces chers messieurs, m'est de plus de valeur que tous les cœurs étroits que j'ai perdus.
« Dites à votre toute aimable Amabilia que je l'aimerai à jamais. Dites-lui qu'elle prie pour moi , et qu'elle enseigne à son cher, doux Giorgino à élever ses innocentes mains vers Jésus pour l'amie absente. Qu'elle lui dise qu'après sa chère mère, je l'aime tant ! et que s'il vient