CHAPITRE II
jeune et seul dans une terre toute nouvelle, mais tout imprégnée déjà de l'esprit anglais. Plusieurs familles de son pays, tixées depuis longtemps dan=; la colonie, l'aident, dès son arrivée, de leurs conseils et de leur appui. La fortune lui sourit ; toutes ses entreprises sont heureuses. Six ans à peine sont écoulés, et nous le voyons associé à l'un des principaux armateurs de New- York. Il se marie en 1767 à M"e Curzon , de Baltimore. Cette union met le comble à ce qu'il a pu souhaiter. Sa prospérité grandit. Il devient armateur pour son propre compte ; il est seul possesseur de plusieurs vaisseaux, et nous nous plaisons à le voir lorsqu'il leur donne avec un paternel orgueil le nom de chacun de ses enfants : le William- Magee, le James, le Henry, î'Isabella , la Rebecca, la Cecilia, la Henriette, le Samuel. Son pavillon, avec les fleurs de lis autour des trois croissants empourprés des Seton , va flottant sur les Océans, dans la Méditerranée, la mer Baltique , le golfe du Bengale. On le rencontre le plus souvent dans les ports de Hambourg, de Livourne et de Calcutta.
Cependant de grands événements se préparent en Amérique. Les prétentions de l'Angleterre alarment ses colonies et les agitent. Sans émettre une seule fois l'intention de se séparer, elles persistent à affirmer leurs droits;
elles en appellent à la justice du souverain, du ministère, du parlement. Le gouvernement demeure sourd, et se retranche obstinément dans la politique à courtes vues qui prépare à l'orgueil britannique une si grande humiliation.
La querelle s'envenimait de jour en jour depuis cinq ans, lorsque certaines concessions faites par le parlement anglais amenèrent, de 1770 à 1773, une sorte d'apaisement, plus apparent, à la vérité, que réel. William Seton choisit ce moment de calme pour aller visiter son pays natal. Son père, John Seton, n'existait plus ; mais il retrouva sa mère ' et ses trois sœurs. L'aînée , mariée à sir Thomas Cayley, baronnet ; la seconde, à sir Walter Synnot de Ballymoyer, haut shérif d'Armagh en Irlande ; et la troisième , M'"" Berry, mère de ces deux remarquables personnes, si accomplies et si belles, dont le célèbre Horace Walpole rechercha successivement la main -.
1 E. Seton de Belssies. Elle était la cousine de son mari, John Setou de Parbroath. De ce mariage , un fils seulement était né, et trois filles.
2 Pendant ce séjour que Williaui Seton fit en Angleterre, un Français de ses amis lui adressa d'Amérique la curieuse correspondance qu'on publia peu de temps après, sous le titre de Lettres d'un cultivateur américain écrites à W. S. Ecuyer — William Seton Esquire. — L'auteur de ces lettres,