CHAPITRE II G
Lorsque la guerre éclata entre l'Angleterre et ses colonies d'Amérique soulevées contre elle, William Seton, dévoué au parti anglais, mais demeuré en dehors de toute position officielle, ne prit aucune part active dans les événements politiques. Ses sentiments , que personne n'ignorait, ne nuisirent en rien à sa situation personnelle et n'altérèrent point l'estime qu'il s'était acquise parmi ses concitoyens américains.
Il en reçut une preuve manifeste , lorsqu'en 1786 il fut choisi pour directeur de la banque de l'État de New- York. Ce choix qui faisait honneur à la réputation de WiUiam Seton, autant qu'à l'esprit libéral et modéré des Américains, a été remarqué par un voyageur obscur, qui, peu après son retour d'Amérique, devint une des célébrités de la révolution française; nous voulons parler de Brissot, le
M. de Crèvecœur, était un agronome distingué, enthousiaste de l'Amérique, qu'il n'avait pas quittée depuis l'âge de seize ans. C'est en anglais, sous le pseudonyme de Saint- John, qu'il écrivit d'abord cette correspondance; mais il ne tarda pas à la traduire lui-même, ou plutôt à la reproduire, en français, sa langue maternelle. Elle eut dans le monde lettré un immense succès. En France surtout, les descriptions ravissantes qu'il faisait du climat de l'Amérirjue et du bonheur des Américains , passionnèrent les imaginations et ajoutèrent à l'engouement qui, dès cette époque, s'était emparé de la société élégante.
conventionnel girondin. Une des lettres de son Nouveau Voyage dans les États-Unis contient un légitime hommage rendu au mérite du directeur de la banque de New -York.
Comme tout bon gentilhomme anglais, William Selon n'estimait pas que l'éducation d'un jeune homme fût arrivée à sa perfection , si elle ne s'achevait par un grand voyage. Son fils aîné allait avoir vingt ans. Dans l'été de 1788, il le fit embarquer pour le continent européen. Wilham-Magee devait d'abord visiter l'Angleterre, faire connaissance avec sa famille paternelle, puis voir l'Espagne, la France, et se rendre en Toscane, à Livourne, auprès de messieurs Fihcchi. armateurs et banquiers, correspondants de son père. L'intention de William Selon était que Willam-Magee passât plusieurs années dans cette honorable et opulente maison, autant pour s'y former aux usages européens, que pour être mis au courant des affaires du haut commerce. Plus tard nous parlerons beaucoup de ces deux frères, Antonio et Filippo Filicchi. Nous leur devons, dès à présent, de dire en quelques mots ce qu'était leur situation et leur noble caractère.
Unis d'une étroite amitié et associés aux mêmes intérêts, messieurs Filicchi jouissaient en Toscane d'une grande existence et d'une belle réputation noblement acquise. Leur for-