‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 163 sur 225 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

mondes ; encore bien moins contre celui qui , par la dureté de ses traitements , nous a si bien donné notre liberté.

(.( Je vous le répète, mon Antonio, — de peur que vous n'ayez de l'inquiétude sur ce sujet, — ce sont ici mes jours les plus heureux. Quelquefois la pauvre âme accablée, épuisée par cette succession de contrariétés qui continuent d'éloigner d'elle ce qu'elle souhaiterait le plus, — un peu de solitude, de paix, de silence, — soupire après un changement ; mais il suffit qu'elle puisse se recueiUir cinq minutes pour arriver immédiatement à faire un acte de résipnation : tant elle est convaincue que de tels jours sont des jours de salut! Que s'il m'arrivait de vouloir fuir le champ de bataille, comme un lâche soldat, cette même paix que je cherche s'enfuirait loin de moi, j'en suis sûre ; et j'en viendrais bientôt à désirer me retrouver en cet état de pénitence, sanctifié par l'abandon à la volonté de Dieu, comme en l'état le plus sûr et le meilleur.

« Ma santé est beaucoup mieux que lorsque vous m'avez quittée. Je mange comme à quinze ans; et si je ris, je suis encore aussi gaie. Ceci, pour répondre à la sollicitude que j e sais que vous aviez autrefois, et que j'espère que vous avez toujours , pour votre chère sœur. Est-ce que vous ne pensez plus à m'écrire? La dernière

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lettre que j'aie eue devousestcelle OÙ vousm'annonciez votre heureux retour et votre j oie de posséder de nouveau cette félicité que vous méritez si bien. La chère et heureuse Amabihadoit être comme en extase , après tant d'heures amères passées loin de vous! M. de Cheverus me dit, d'après ce que vous lui promettez , que vos fils pourraient bien venir en Amérique. Oh! Antonio, si cela arrivait de ■mo7itemj9s, j'irais à travers tous les États pour les rencontrer; et eux, ils trouveraient encore une mère de ce côté-ci du monde.

« J'espère que vous continuez à être bon, après avoir passé par le feu de tant d'épreuves. Trois jours la semaine , à cette heure de faveur où rien n'est refusé à la foi , je prie pour vous de toute mon âme. Voyez -vous votre pauvre petite sœur errante, fixée maintenant sur le roc, et si souvent admise à la source de la vie éternelle, baume salutaire pour toute blessure! En vérité, quand même je porterais une chaîne écrasante, quand je ne vivrais que de pain et d'eau, je devrais me sentir transportée de gratitude; mais la paix de l'esprit, avec une part suffisante de bien-être extérieur et cet inépuisable trésor, c'en est plus qu'il ne faut pour obliger mon âme à comparer incessamment Celui qui donne et celle qui reçoit , les jours anciens et les jours présents ; tandis

que l'espérance s'éveille en moi, me disant doucement : miséricorde pour l'avenir! miséricorde aussi certaine que pour le passé ! Antonio ! qui m'a donné d'entrevoir une telle perspective? Qui le premier a soulevé le bandeau qui couvrait mes yeux?... Est-il besoin que je le dise?

<( J'ai tant le désir que vous me parliez de votre Filippo ! Le même sentiment pour vous deux remplit mon cœur; mais vous seulement avez connu l'étrange enchaînement de ma destinée... Oh! quelle patience vous avez eue avec moi ! Que le Seigneur tout-puissant vous bénisse, vous et les vôtres, à jamais! Votre sœur prie pour vous continuellement ; touj ours , toujours, c'est tout ce que je puis faire, et je le fais aussi naturellement que si c'était pour moimême.

« Je viens de recevoir tout justement une lettre de l'évêque Carroll. C'est la lettre d'un tendre père qui parle à son enfant. Tous sont bons pour moi, tous; tous ceux qui ont leurs affections dans la droite voie. Aimez -moi, cher Antonio. Dites à Sig"" Filippo qu'il m'envoie ses bénédictions. »

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ELIZABETH SE TON A M'"'' JILIA SCOTT. ( Écrit peu après la mort de yirne James Seton.)

c( . , . .Ma chère petite Cecilia m'a quittée, elle si douce, si gaie, et qui m'était si précieuse; aussi je puis dire vraiment que je ne sais plus que devenir. La nature d'Anna est si différente de la sienne! Anna saura pencher sa joue contre la mienne; et nous mêlerons ensemble une larme silencieuse; mais changer cette larme en sourire, c'est là ce qui n'appartient qu'à la seule Cecilia.

« Les livres que vous m'avez envoyés seront d'une grande ressource pour ma chère Anna, qui réellement est en progrès sur toutes choses, et qui n'a pas un seul défaut dangereux, à moins que son charme extrême. »

SoUiciludes d'Eliznbeth pour ses deux fils. — Elle pense à quitter New -York et à se fixer au Canada — Travaux des Pères de la Compagnie de Jésus, et fondations de M. Olier dans la Nouvelle -France, au xvii« siècle. — Situation des catholiques canadiens sous la domination des Anglais. — Les conseils de MM. CarroU, Matignon et de Glieverus retiennent Elizabeth à New-York. — Son obéissance, sa foi, sa confiance en Dieu. — M. du Bourg, président du collège des Sulpiciens de Sainte- Marie de Baltimore. — Sa rencontre avec Elizabeth Seton. — Nouvelles espérances d'une situation meilleure. — Second voyage de M. du Bourg à New-York. — Départ d'Ëlizabeth pour le Maryland.

« Ainsi tout maintenant lui était aisé. Pauvreté , souifrances , mécontentement de ses amis, tout la conduisait à son cher Seigneur; tout excitait plus vivement son âme au désir de se rapproclier de son unique bien '. » Une

1 Voir la lettre écrite à Amabilia Filicchi,le 15 avril 1805, page 306.

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pensée toutefois la troublait. En mère véritablement chrétienne, la passion du salut de ses enfants remplissait son âme, et l'inquiétait d'un désir égal à celui qu'elle avait de son propre salut. Ils étaient entrés avec elle au bercail de la vérité; et tous les jours, par ses leçons, par son exemple, elle leur enseignait à estimer le don céleste de la foi à plus haut prix que tous ces biens qui nous sont prêtés par la terre pour un temps si court. Toujours présente à côté d'eux, elle ne pouvait douter que sa vigilance ne leur conservât leur trésor. Mais, pensait-elle avec angoisse, si la mort enlevait leur mère à ces enfants, si jeunes encore, que deviendraient-ils dans cette ville toute protestante de New-York? — La réponse n'était pas douteuse : ils tomberaient entre des mains hostiles à leur croyance , et le flambeau divin allumé dans leurs âmes cesserait bientôt d'y briller, s'il n'y était bientôt éteint.

Poursuivie de celte crainte dès les premiers temps de sa conversion , Elizabeth nourrissait le désir que ses fils, du moins, fussent élevés dans un pays catholique. Pendant un temps, elle avait espéré de leur assurer cet avantage à Baltimore , en obtenant leur admission dan» un des collèges que le clergé dirigeait. Son espérance ne s'étant pas réalisée, elle avait tourné les yeux vers la terre lointaine du Ga-

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