CHAPITRE XI
à faire aux catholiques du Canada les concessions les plus grandes, afin de leur ôter le désir d'unir leurs griefs à ceux des soi-disant rebelles. L'acte de Québec, promulgué en 1774, remit pour eux en vigueur les lois civiles et la jurisprudence française. Un an plus tard, la guerre était engagée entre l'Angleterre et ses anciennes colonies; le sang coulait, et les insurgents espéraient que les Canadiens se joindraient à eux dans la lutte. C'est ici que pour la première fois nous apparaîtJohnCarroU. Simple prêtre alors, le voici déjà mêlé aux événements politiques de son pays. La première division de l'armée américaine , commandée par Montgomery, était entrée dans le Canada et avait pénétré jusque sous les murs de Québec. A ce moment, le congrès députa, en qualité de commissaires auprès des Canadiens, le célèbre Franklin, Samuel Chase et Charles CarroU de Carrolton. John Carroll , cousin de Charles Carroll, et patriote autant que lui •, fut invité à se joindre aux trois commissaires,
1 lie was an ardent patriot; and^ so far as prudence and propriety would permit , he supported with ail lits influence thè cause of independence. « U était im patriote ardent, et, dans la mesure où la prudence et les convenances le permettaient, il usa de toute son influence pour servir la cause de l'indépendance. » Sketch of the origin and progress of ihe catholic Church in ihe United States of America, b'j Rev. C. J. VVhite, D. D. — New-York, 18ti7.
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avec mission d'agir auprès du clergé , bien que sans mandat officiel '. L'arrivée des renforts anglais, la mort de Montgomery , les revers des Américains, après d'étonnants succès, firent échouer la mission des envoyés du congrès. Au point de vue politique, si elle n'amena aucun résultat , elle en eut un grand , et qui nous touche très-fort, à un autre égard : elle mit en lumière les talents et les vertus de John Carroll ; elle amena sa liaison étroite avec Benjamin Franklin -; elle établit, entre le prêtre catho-
1 M. John Carroll was invited to accompany them. He had been educaied in France , and it was supposed that this circumstance , added. to his religions profession and character, would enable him to exercise a salutary influence with the priests in Canada. « M. John Carroll fut invité à les accompagner. 11 avait été élevé en France , et l'on avait lieu de penser que cette circonstance,, jointe à sa profession sacerdotale et à son caractère, le rendrait propre à exercer une salutaire influence sur le clergé du Canada. » The Life of Benjamin Franklin , hy Jnred Sparks. — Boston, 1848.
2 Pour se rendre de Philadelphie à Montréal, If s comnaissaires du congrès eurent beaucoup à souffrir : les routes étaient à peine tracées, les moyens de transport manquaient souvent, la saison était très -dure; les commissaires passaient parfois les nuits au milieu des bois. Leur voyage dura plus d'un mois. Franklin, dont la santé était dès longtemps ébranlée, tomba sérieusement malade. Au retour, il fut obligé de se séparer de ses collègues. John Carroll demeura avec lui, l'entoura de soins, et l'accompagna du fort Saint-Jones jusqu'à New-York. — Voir r/<e Life of Franklin, by Jared Sparks. — Boston, 1848.
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lique et les représentants protestants du congrès, les liens d'estime, les liens d'affection, qui lui permirent dans la suite de s'employer si utilement à servir les plus grands intérêts religieux.
A partir de l'année 1776, la domination anglaise s'affermit sur le Canada; mais, régie par ses anciennes lois, cette terre demeura toute catholique et toute française. Fidèles à leur origine, les Canadiens continuèrent à parler notre langue, à suivre nos usages, à garder nos mœurs : surtout ils conservèrent avec grand amour le dépôt sacré de la foi. Dans le gouvernement de Montréal, Messieurs du séminaire de Saint -Sulpice de Paris se maintinrent en possession de la seigneurie et propriété de l'ile sur laquelle la ville est assise, ainsi que de File de Jésus ' , voisine de File de Montréal -. Paisible, florissante sous leur bicn-
1 L'île de Montréal, située au confinent de l'Ottawa et du Saint- Laurent, n'est séparée de File de Jésus que par un canal formé par les eaux de ce dernier fleuve. Daus sa plus grande longueur, cette île a quatorze lieues de France. Elle a cinq lieues environ dans sa plus grande largeur. L'île de Jésus est à peu près d'un tiers moins grande.
2 Lorsque le Canada fut colonisé par la Fr.mce, celle-ci y transporta naturellement les constitutions qui la régissaient chez elle; et le Roi, en qualité de seigneur féodal, accorda aux principales familles et aux otTici-^rs de son armée qui s'établirent daus la colonie, de grandes étendues
faisante autorité, cette partie du Canada redevint bientôt la terre promise du catholicisme , la vraie terre à Dieu dédiée et consacrée , selon la belle destination qui lui avait été donnée à l'origine lorsqu'elle était devenue colonie française '.
On conçoit qu'une nouvelle convertie comme était notre Elizabeth, si peu heureuse parmi les siens, tournât ses regards vers Montréal, persuadée qu'elle y trouverait l'asile le plus désirable, pour ses enfants d'abord, pour elle plus tard. Mais , étrangère à toute relation avec ce pays que la domination anglaise tenait en dehors du mouvement américain, elle se sentait fort embarrassée pour mettre la réalité à la
de terre, qu'on appela seigneuries. Ces propriétés étaient tenues immédiatement en fief ou en roture, à condition de foi et hommage à la prise de possession de la propriété. Les censitaires ou tenanciers du seigneur étaient, vis-à-vis de lui, dans la condition de ceux qu'on appelait, en France, les vassaux ; et le seigneur leur concédait des terres à certaines conditions, telles que le payement d'une rente annuelle, etc. — Histoire du Canada, de son Église et de ses missions , par l'abbé Brasseur de Bourbourg , vicaire général de Bosto7i, ancien professeur d'Hist. ecclés. au séminaire de Québec. — Paris, 1852.
1 En le"!?, le Roi signa, à Saint-Omer, l'ordonnance de l'établissement de Saint- Snipice, amortissant à perpétuité la terre et seigneurie de l'île de Montréal, comme à Dieu dédiée et coiisacrée, en faveur du séminaire de cette ville. — Recueil des ordonnances du Roi touchant le Canada.