‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 167 sur 225 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

place de ses souhaits. Un secours inattendu lui arriva, offert par son ami de tous les instants, Antonio Filicchi. Appelé au Canada par le soin de ses affaires , peu de temps avant son départ des États-Unis , Antonio proposa à Elizabeth de solliciter l'admission de ses deux fils au collège de Montréal. Plaidant en leur faveur près des prêtres de Saint-Sulpice , il obtint de ces messieurs qu'ils recevraient chez eux les deux enfants, à des conditions extrêmement généreuses. Leur admission , toutefois , devait subir quelque délai. La place manquait dans le collège des Sulpiciens; une partie de leurs bâtiments avait été détruite par les flammes , et ce qu'on avait reconstruit ne suffisait encore que pour les élèves anciens. Antonio s'inquiètant des longueurs d'une attente indéterminée, les deux fils d'Elizabeth, William, âgé de dix ans, Richard, de huit ans à peine, furent dirigés vers une région moins austère que « le froid et sain Canada. » On les envoya dans le Maryland, pour être placés au collège Georgetown ; maison fondée uniquement pour les catholiques, en 1791, par M. Carroll, qui en avait confié la direction à de zélés prêtres, pieux, instruits, et membres, ainsi que lui, de la Compagnie de Jésus avant qu'elle n'eût été supprimée.

Elizabelh , heureuse d'avoir obtenu cet abri

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pour ses fils, s'exprimait ainsi dans une dé ses lettres à Antonio Filicchi : « Votre sœur a éprouvé comme un avant -goût de la paix du paradis , quand elle s'est vue délivrée de l'anxiété qu'elle éprouvait pour ses chers petits William et Richard. C'est M. Barry qui va se charger d'eux. N'est-ce pas comme fait exprès pour que ma satisfaction soit complète? Luimême les conduira à Georgetown. J'ai écrit à M. Kelly de se procurer tout ce qui peut être indispensable à ces enfants et que j'aurais pu oublier. J'ai aussi écrit à Févêque Carroll, et cela d'une main tremblante, je vous assure. »

Ce n'était plus désormais l'intérêt de ses fils qui pouvait attirer Elizabeth vers Montréal. Elle pensait sérieusement à s'y transporter ; mais d'autres motifs la pressaient. Sa position à New-York, après la conversion de Cecilia, était devenue inquiétante et précaire. L'intolérance protestante, plus excitée à lui nuire et plus agissante que jamais, avait eu facilement raison d'elle. Sa maison était presque déserte ; les externes de M. Harris s'en étaient allés peu à peu. On la signalait désormais comme un être contagieux et dangereux. Il s'agissait pour elle maintenant de trouver quelque part au loin un asile et un gagne-pain.

Ce fut alors que l'idée lui vint de faire des démarches pour être reçue, elle et ses trois pe-

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lit.es filles, dans une des communautés de femmes qui se vouaient à l'éducation dans la ville de Montréal. Se consacrer tout entière aux soins et à l'enseignement donnés aux jeunes filles dans la maison qui lui accorderait l'hospitalité, voilà ce qu'elle pouvait offrir en échange. A ses yeux, c'était offrir peu. Pleine de mérites devant Dieu, douée des grâces de l'esprit, des dons brillants et des talents acquis que le monde estime et qu'il envie, elle s'affligeait d'une indigence qu'elle seule assurément s'attribuait. Telle est l'humilité des parfaits, ignorante de sa richesse, et tout inclinée sous son abondance même, comme ces branches chargées de fruits.

ELIZABETH A ANTONIO FILICCHI

10 août 1807.

« Les Barry , dont la maison est la seule, absolument la seule, où je paraisse, désirent beaucoup que mes projets du Canada se réalisent. M. Barry même y a un peu travaillé. Mais comme vous m'avez si bien confiée à nos amis de Boston, je ne veux rien faire sans leur plein assentiment. Je reçois toujours d'excellentes nouvelles de la bonne conduite et des

progrès de mes garçons. M, Kelly, qui s'est trouvé présent aux derniers examens du collège, dit qu'ils dépassent d'autres élèves qui étudient depuis beaucoup plus longtemps. Pour le latin , ils sont plus forts que la plupart des autres enfants plus avancés qu'eux en âge et dans leurs études. M. Barry a été très-satisfait de les voir comme ils sont. Il y a là des professeurs des plus distingués, récemment envoyés du collège d'Europe, et aussi un nouveau président. Mes petites filles me rendent très-heureuse par les progrès qu'elles font dans leur instruction religieuse, et par tous leurs sentiments et leurs impressions. Seule au monde , comme je suis, seule littéralement, — car nul ici ne se met en peine de moi, nul n'intervient en quoi que ce soit qui me concerne, — je remets tout entre les mains du Tout- Puissant. Gomme il est maintenant établi que cette pauvre créature a la tète tournée par la folie religieuse, personne ne me fait la moindre question, ni ne prétend me troubler davantage. Ma bienaimée Cecilia, notre éblouissante convertie, est établie chez son frère James Selon. Il est frappé de son mérite , mais naturellement très-effrayé de l'influence que son exemple peut avoir sur ses enfants. Combien de temps sera-t-elle là? Celui-là seul le sait qui sait toutes choses. « Assez pour les affaires du dehors! Quant à

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