CHAPITRE XI
ce qui se passe au dedans, la paix, la consolation dont je jouis chaque jour, à chaque heure, et la constante application des divins enseignements que mon cher frère m'a appris, leur inlluence sur ma vie, leurs douces promesses pour l'heure de ma mort, font que tout ce qui estsecondairemeparaitvéritablementrien.Jele regarde du moins à son véritable point de vue; nuage passager qui ne peut obscurcir lesoleil que pendant quelques moments, tandis qu'il poursuit sa course dans sa calme majesté.
« Si vous pouviez vous imaginer exactement où j'en suis, mon cher frère, vous sauriez que je ne vois aucun chagrin réel, si ce n'est le péché ; aucune peine, si ce n'est celle de ne pas avancer dans le service où je me suis engagée. Je n'ai jamais été si heureuse aux jours les plus brillants de ma vie. Jamais je n'ai éprouvé aucune jouissance qui se puisse comparer avec les moments de bénédiction goûtés dans la communion. C'est là, très-cher Antonio , ce dont vous ne pouvez vous faire une idée, vous qui êtes toujours demeuré sur le sein de cette chère mère , dont la tendresse est nouvelle encore pour moi.
« Cher, cher frère, adieu... Je demande à votre Filippo sa bénédiction ; je sais assez que nous avons sa charitable alïection et ses meilleurs souhaits. Si nos prières sont exaucées,
il sera récompensé au centuple. Je ne puis vous dire un seul mot de nouvelles; je ne vois aucune maison que celle des Barry. L'église et les Barry, voilà mon univers. Je viens de perdre M. Hurley, désigné par l'évêque pour l'église Saint-Augustin de Pljiladelpliie; il est regretté de tous ceux qui l'ont connu. Nous avons à sa place M, Sibour, un ami de M. Matignon. M™e Sadler et M"^^ Duplex sont parties pour l'Irlande : celle-ci avec le désir de plus en plus vif d'embrasser notre foi. Mais il n'est qu'Un seul qui puisse donner la grâce de sacrifier tout et d'accepter d'être chassée, mise à la porte de partout, absolument, comme elle le serait. Priez pour nous, cher frère. — Je prie pour vous de toute la ferveur de mon âme. »
Le désir qu'avait Elizabeth de quitter New- York n'ubtint pas l'assentiment de ses amis de Boston. L'évêque de Baltimore, également préoccupé de lui donner un bon conseil, jugea que son projet de se fixer au Canada présentait plus d'un inconvénient sérieux. « Songez donc, lui dii-il, à ce qui arriverait, si vos filles, dans un âge si tendre, venaient à souffrir du climat rigoureux de Montréal ! Et si vous étiez forcées de l'abandonner toutes les quatre, — car je sais bien que vous ne consentiriez jamais