CHAPITRE XI
à laisser vos enfants s'en aller seules, — quelles dillicuUés ne trouveriez-vous pas pour vous établir de nouveau à New-York ! »
Malgré la distance et le temps , Filippo Filicchi et Antonio ne demeuraient étrangers à rien de ce qui intéressait leur sœur d'Amérique. Ils étaient favorables autrefois, surtout Antonio, à cette idée du Canada; mais ils lui écrivirent maintenant qu'ils se rangeaient à l'avis des juges éclairés qui avaient examiné les choses de près. La netteté de leur opinion, la sagesse des raisons qui les inspiraient, confirmèrent EUzabeth dans la pensée que le temps n'ctait pas venu où la Providence la voudrait ailleurs. « Ce que vous me dites, écrivait- elle à Filippo Filicchi, part si ijien de votre cœur! Je le relis souvent pour y puiser du courage et de la force dans le désappointement que j'ai de renoncera la retraite que j'espérais trouver au Canada. Ce projet m'était cher. Depuis longtemps je le nourrissais. J'en devais la première idée à la bonté de votre Antonio et à sa chère prévoyance pour nous. Avec mon imagination de femme, assez vive, vous le savez, je l'avais toujours envisagée comme une des phjs douces dispositions de la Piovidence envers nous. Et là encore, comme en tant d'autres rencontres, j'aimais à voir qu'Antonio avait été choisi de Dieu pour venir à notre secours. Ce que vous
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m'écrivez, s'ajoutant à l'opinion de tous ceux dont la volonté est ma loi , a banni de mon esprit jusqu'à la pensée de ce projet. Je parle de la pensée volontairement caressée; car involontairement elle se présente à moi chaque fois que je me vois aux prises avec les difficultés sans nombre de ma position. Assurément, je ne doute pas que bien des difficultés ne m'eussent attendue là -bas. Mais celles que j'éprouve aujourd'hui sont telles, qu'il serait impossible d'en imaginer qui eussent été composées d'éléments aussi antipathiques à ma nature. »
« Aimons bien nos croix, car elles sont « toutes d'or, si nous les regardons du biais « qu'il faut; et bien que d'un côté nous y « voyions l'amour de notre cœur mort et cruce cifié entre les clous et les épines, nous trouce verons de l'autre un assemblage de pierres « précieuses pour en composer la couronne de « gloire qui nous attend '. y> Aimer de mieux en mieux les croix que Dieu lui envoyait, les regarder j^ci'i^ leur vrai biais, telle fut l'élude d'Elizabeth, plus ardente à s'y appliquer que jamais. L'obéissance, plus encore que les liens de la nécessité, l'attachait aux conditions d'une
1 Saiut François de Sales, Lettres spintueUes.