‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 170 sur 225 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

existence devenue presque insupportable ; elle les accepta toutes avec une grande générosité. Si quelquefois l'effort trop grand venait à trahir son courage, patiente vis-à-vis d'elle-même, elle relevait doucement son cœur, et reprenait le train de son abandon à Dieu. Persuadée que notre fardeau nous est toujours mesuré dans la proportion de nos forces, elle attendait, courbée, mais non pas écrasée, sous la pesanteur du sien. Sans agitation, sans empressement, en toute foi, patience, simplicité, elle atte)idait en attendant, selon cette belle parole de l'Écrituresainte. Elle persévérait dans la p.nère : Ayez pitié de moi, mon Dieu, ayez intié de moi , parce que mon âme se réfugie vers vous. Je me retirerai sous l'ombre de vos ailes , jusqu'à ce que l'affliction soit passée. — Je crierai vers le Très-Haut, vers le Dieu tout-^niissant. — Il enverra du ciel , et il me délivrera. Dieu enverra sa miséricorde et sa vérité.

Jugez, Seigneur, la cause du pauvre et de l'orphelin , rendez justice à V affligé et au pauvre. — Délivrez le petit et le pauvre , délivrezle de la main des méchants.

Tu tn'as invoqué dans la trihuJation , dit le Seigneur, et moi je fai délivré. Je t'ai exaucé dans le secret de la tempête. Je t'ai éprouvé aux eaux de la contradiction.

Je te donnerai l'intelligence, dit le Seigneur

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Bien, et je t'enseignerai la voie où tu dois marcher. J'affermirai -ines regards sur toi.

Le Seigneur est fidHe dans toutes ses paroles, il est saint dans toutes ses œuvres. Le Seigneur soutie.nt ceux qui chancellent, il relevé ceux qui sont tombés et brisés de leur chute. — Les yeux de toutes vos créatures se tournent vers vous, Seigneur, avec espérance , et vous leur donnez leur nourriture au temps marqué. — Vous ouvrez votre main, et vous comblez de bénédictions tout ce qui respire.

Le temps marqué , le visible temps de cet invisible secours de Dieu qui , si caché qu'il soit, nous accompagne toujours , allait sonner pour Elizabeth. Elle en sentit les premières consolations le jour où la miséricordieuse Providence disposa sa rencontre avec un prêtre d'un grand mérite et d'un grand cœur, émigré français aux États-Unis. Nous voulons parler de M. du Bourg, alors président du collège des Sulpiciens de Sainte-Marie de Baltimore ; plus tard, évêque de la Louisiane ; puis , évêque en France sur le siège de Montauban et sur le siège archiépiscopal de Besançon. Quelques mots sur ce vrai apôtre nous suffiront pour le faire connaître.

Parmi les ouvriers qui des premiers vinrent s'offrir pour travailler à la moisson évangèliquo aux États-Unis, M. du Bourg est un de ceux

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qui tiendra dans ses mains les gerbes les plus abondantes au jour des récompenses du Seigneur. Il était né dans File de Saint-Domingue, de colons français, et fut attiré fort jeune vers le saint ministère. Ses parents désirèrent qu'il fît en France ses études ecclésiastiques ; la révolution le trouva récemment ordonné prêtre, et choisi presque aussitôt par M. Émery , de si pieuse mémoire , pour diriger l'école préparatoire d'Issy , où l'on élevait les clercs de la paroisse de Saint-Sulpice.

A la veille des épouvantables journées des 2 et 3 septembre, la maison d'Issy fut envahie par les fédérés du 10 août et les brigands marseillais. M. du Bourg était absent; une circonstance fortuite l'avait amené à Paris. Informé à temps, changeant de costume, déguisé en ménétrier, il put arriver jusqu'à M. Émery, près duquel il trouva asile. Seize prêtres ou directeurs de la Compagnie de Saint-Sulpice, arrêtés et emprisonnés à ce moment, périrent massacrés dans la prison des Carmes, Dieu ne donna pas à la jeunesse de tous la couronne du martyre , se réservant plusieurs d'entre eux pour les employer à ses œuvres. Parmi ceux qui furent épargnés, la plupart quittèrent la France et cherchèrent refuge à l'étranger. M. du Bourg gagna l'Espagne, y séjourna deux ans, puis s'embarqua pour l'Amérique. Un premier es-

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saim sorti de la ruche de Saint-Sulpice s'était fixé depuis l'année 1791 dans le Maryland, à Baltimore. Sous la conduite de M. Nagot, ces prêtres avaient jeté les fondements d'un séminaire sur le modèle de celui de Paris. M. du Bourg se joignit à eux ; mais bientôt demandé à ses supérieurs par M. CarroU, il fut nommé président du collège de Georgetown, de fondation toute récente. Pendant trois ans , il occupa ce poste, qui demandait à la fois beaucoup de capacité et de zèle ; puis il fat envoyé à la Havane pour y établir un collège sous les auspices des Sulpiciens. Cette entreprise réussit au delà de toute espérance, jusqu'au jour où elle fut entravée par le mauvais vouloir du gouvernement espagnol, jaloux de voir passer entre des mains françaises l'éducation de la jeunesse de l'ile.

La lutte était trop inégale ; M. du Bourg ne s'y obstina pas. Il s'en revint à Baltimore emmenant avec lui plus de trente enfants, parmi lesquels les Calvo, les Castillo, etc., que leurs familles n'avaient pas voulu lui retirer. De là l'idée lui vint de fonder à Baltimore même une école ou académie dont ces jeunes gens devaient former le noyau. Son projet ayant été agréé par ses confrères, il commença hardiment à construire de vastes bâliments adaptés au plan d'un grand collège, sur des terrains

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