CHAPITRE II
tune considérable était au service d'une inépuisable charité. Fervents catholiques tous les deux, ils étaient les soutiens de tout ce que la générosité de la foi enfantait et entretenait dans un pays riche en fondations charitables et pieuseso Chaque jour, des multitudes de pauvres nourris par leurs aumônes , des malades, des prisonniers, des orphehns, objets de leurs largesses et de leurs soins, bénissaient leur nom et attiraient sur eux les regards favorables de Dieu. Ces deux véritables chrétiens n'étaient pas moins remarquables par l'étendue de leur esprit que par l'éclat de leurs vertus. L'intelligence vraiment supérieure de Filippo, l'ainé des deux frères, l'avait fait distinguer du grand-duc de Toscane , qui régla maintes fois les intérêts de la navigation et du commerce d'après ses conseils.
Léopold de Lorraine, frère de l'empereur d'Allemagne Joseph II, et de notre infortunée reine Marie-Antoinette, régnait alors sur l'héritage des Médicis : la protection donnée aux arts, les encouragements accordés au commerce, l'allégement des charges publiques, furent les bienfaits de son règne. En dire les fautes ou les malheurs n'entre pas dans notre sujet. Un étranger, un protestant, ainsi qu'était Wiiliam-Magf-e, amené dans la Toscane à cette époque, s'y fût à peme aperçu du funeste
désaccord qui troublait les relations de l'État avec l'Église. Toujours dociles à leurs pasteurs, les populations demeuraient fidèles à leurs habitudes de piété, et donnaient des marques de foi comme aux jours anciens. Dans les hautes régions, d'étranges contrastes se présentaient. L'influence de Joseph II avait faussé l'esprit de Léopold. Mais à côté du dominateur, entêté de prétentions offensantes pour les consciences catholiques, on retrouvait le prince chrétien, le fils de la grande Marie- Thérèse. Les usages de la cour de Toscane, comme ceux de toutes les cours catholiques, à cette époque , étaient profondément empreints de l'esprit religieux. Le souverain recevait les pauvres dans son palais, pendant la semaine sainte, leur lavait les pieds, les servait à table; il accompagnait le saint Sacrement dans les processions solennelles ; et s'il rencontrait, traversant les rues, le prêtre avec la viatique du malade entre ses mains, il se rangeait à sa suite, confondu parmi les simples , fidèles dans ce cortège d'honneur.
De tels spectacles ont quelque chose de nouveau et de saisissant pour ceux qui ne sont pas nés au sein d'une nation catholique. Chers à la piété démonstrative des peuples italiens, ils complétaient alors admirablement cet enseignement que le plus simple , le plus igno-