CHAPITRE XI
appartenant au séminaire des Sulpiciens. Les travaux furent rapidement achevés, la maison fut ouverte, les professeurs se mirent à l'œuvre, et le collège de Sainte-Marie prit une telle faveur dansle public, quedèsl'annéelSOSlalégislature du Maryland rélevait au rangd'Université, avec amples pouvoirs et privilèges. Le zèle de M. du Bourg ne s'exerçait pas seulement dans les limites de l'Université de Sainte-Marie; il était l'àme d'une foule de bonnes œuvres dans la ville , tandis que son éloquence comme prédicateur et controversiste attirait autour de sa chaire les fidèles dont il affermissait la foi, et les protestants dont il dissipait les préventions ^
Vers la fm du mois d'août de l'année 1807 , ce zélé serviteur de Dieu , se trouvant dans la ville de New-York, offrait un matin le sacrifice de la messe à l'un des autels de la paroisse de Saint-Pierre. Une femme en deuil, avec le vêtement des veuves, se présenta pour recevoir de ses mains la communion. Elle paraissait tout absorbée en Dieu, et son visage était inondé
1 Voir la Vie de M. Èmenj , tienvième supérieur du séminaire et de la coyripagnie de Saint-Sulpice. Paris, 1861. — Voir VÉloge de Mgr L.-G. Valentin du Bourg , évêque de la Louisiane et des Florides, évêque de Montauban , arrhevéque de Besançon, prononcé à la distribution des prix du petit séminaire de Bordeaux, le 23 août 1847.
de larmes. Le prêtre ne put s'empêcher d'être frappé de son attitude. Le même jour, quelques heures plus tard, comme il se trouvait en visite chez M. Sibour, l'un des prêtres attachés à la paroisse de Saint-Pierre ', on entendit frapper doucement à la porte de la maison. C'était Elizabeth. On l'introduisit le moment d'après.
Elle parut avec cette grâce aisée tout ensemble et modeste, qui rendait son abord si agréable, et qui s'alliait si bien chez elle avec un air de distinction parfaite. S'agenouillant devant le prêtre du Seigneur, elle inclina pieusement la tête pour recevoir sa bénédiction. M. du Bourg la reconnut alors pour la personne qu'il avait remarquée à l'église dans la matinée. Il ne s'était jamais trouvé avec elle jusqu'alors ; mais il la connaissait par ce que Fadmiration de chacun racontait de sa conversion et de sa vie si édifiante. Elle s'assit, la conversation s'engagea. Peu à peu, ouvrant son coeur, elle parla des difficultés de son existence à New-York , et du désir qui la préoccupait toujours de chercher un asile au Canada. M. du Bourg l'écoutait avec une attention bienveil-
1 M. SiLour, prêtre français, fixé aux États-Unis depuis l'année 1798, qui avait été désigné, en 1807, par l'évéque de Baltimore pour remplacer, près des catholiques de New- York, M. Michaél Hurley, appelé à conduire la paroisse de Saint-Augustin, à Philadelpliie.
CHAPIIRE XI 393
larjte, tout en l'interrompant souvent par des questions qui témoignaient de son intérêt. Il comprenait bien maintenant sa situation qu'elle venait de lui dépeindre. Tant de patience, tant d'énergie avec une foi si constante, la révélaient tout entière. A voir ce qu'elle était, on pressentait aisément tout ce qu'elle pourrait être .
Tout en l'admirant , il se consultait lui-même sur un projet qui s'éveillait en son esprit. Baltimore manquait d'une bonne école catholique pour les jeunes filles. Il n'existait dans toute la ville pas une seule communauté de religieuses vouées à l'enseignement. Fonder à cet effet un nouvel institut, ou l'association de quelques pieuses femmes qui s'attacheraient à la règle de l'un des instituts existant ailleurs, ne serait-ce pas compléter le bien que les prêtres de Saint Sulpice avaient déjà commencé pour l'éducation d'une partie de la jeunesse du Maryland? Et si l'on confiait à M^e Selon la direction de la nouvelle communauté et de la nouvelle école, ne serait-ce pas assurer le succès d'une œuvre excellente, tout en aidant à sortir de peine la personne la plus intéressante du monde?
Tel était le plan qui s'offrait au cœur généreux de M. du Bourg. Sans plus de délai, il s'en ouvrit à Elizabeth. Elle s'y montra très-
394 ELIZAIJLTIl SKTON
attentive, et en demeura fort émue. Rien pourtant ne fut décidé dans ce premier entretien. Rien, à vrai dire, ne pouvait l'être; mais tout y fut examiné , tout y fut entrevu ; et l'on peut remarquer que ce jour-là, dan?, un des terrains les mieux préparés de la vigne du Seigneur, fut semé le petit grain de sénevé qui devait devenir plus tard un grand arbre : un de ces arbres , dit l'Évangile , dont le branchage devient grand ; et les oiseaux du ciel se posent dessus.
Fidèle à ses habitudes de docilité, Elizabeth se hâta de consulter d'abord l'évêque de Baltimore. « Je ne voudrais pas, lui dit-elle, m'aventurera faire un pas pour avancer dans cette affaire, si importante pour moi, sans être assurée de votre concours et guidée de vos conseils, qui m'obtiendront, j'en suis certaine, la bénédiction de Celui qui sait que mon désir le plus ardent est d'accomplir uniquement sa volonté. » Elle continuait sa lettre en rendant compte à M. GarroU des dernières épreuves qu'elle avait eu à supporter à New-York. Elle l'assurait qu'elle avait porté la condescendance envers ceux qui lui étaient hostiles, jusqu'aux limites les plus extrêmes ; ne s'étant arrêtée que là seulement où elle sentait que sa conscience aurait eu lieu de s'effrayer à Vheure de la mort. « C'est cette heure-là, lui disait-elle,