CHAPITRE XI
que je vous conjure en ce moment d'avoir en vue, cher Monsieur, tandis que vous me dirigerez sur ce que je dois faire pour le bien de mes chers petits enfants. Ils semblent à l'abri maintenant, — je parle de mes fils; — mais si je venais à mourir, on les arracherait à notre chère croyance comme à un abîme d'erreurs et d'infortunes pour eux.
a Quant à ce qui me concerne, la seule crainte que je puisse avoir, c'est qu'il ne se trouve trop de recherche de moi-même dans ma vivacité à plaider en faveur de ce projet, bien que j'en abandonne l'accomplissement avec joie à la volonté du Tout-Puissant ; car n'ayant d'autre désir, en tout ceci, que de lui plaire, j'ai la pleine confiance de n'éprouver aucun désappointement, quelque manière qu'il choisisse pour m'employer à son service.
« Depuis longtemps, même depuis le temps que j'étais à Livourne , s'il est une espérance qui ait fait ma consolation, c'est l'espérance que j'ai toujours eue d'embrasser la vie religieuse. C'est à tel point, que s'il se fût agi de moi uniquement, il n'est pas un seul moment où je n'eusse été prête à braver sans hésiter toutes les difficultés d'une nouvelle traversée de l'autre côté de l'Océan pour m'assurer ce bonheur. Mais aujourd'hui, il s'agit avant tout de mes enfants, qui se trouvent au milieu de
circonstances telles, que je ne pourrais pas mourir en paix ; et vous savez, ctier Monsieur, que c'est à nous y préparer que toutes nos actions doivent tendre. Non, je ne pourrais pas maintenant mourir en paix, à moins que je n'eusse conscience d'avoir fait tout ce qui était en mon pouvoir pour les mettre à l'abri. Oh! s'il en était ainsi, je ne me sentiiais aucune inquiétude, les laissant entre les mains de Dieu. »
Avant de rien répondre à cette lettre , l'évêque de Baltimore fit prier M. du Bourg de lui donner lui-même connaissance de son projet. Lorsqu'il s'en fut bien rendu compte et qu'il l'eut examiné avec attention, il s'en entretint avec MM. Matignon et de Cheverus. Cette fois encore, il n'y eut qu'un seul avis. « Nous estimons, écrivait M. de Cheverus à Elizabeth, que le plan de M. du Bourg serait, de beaucoup, plus avantageux que tout ce qu'on a jusqu'ici proposé pour vous. Il serait avantageux nonseulement aux intérêts de votre famille, mais aux intérêts de notre sainte religion dans les Étiits-Lims. Nous vous engageons toutefois à ne rien précipiter, mais à attendre une manifestation plus complète de la volonté de Dieu, cette volonté d'un Père tendre, dont la main ne manque jamais à l'enfant qui appréhende de marcher seul. » — « Je prie Dieu, disait de