CHAPITRE XII
européen, le président Jefîerson, espérant vivre à l'abri par delà les mers, s'efforça, comme autrefois l'avait tenté l'illustre Washmgton , d'assurer à l'Union , avec sa neutralité , le bénéfice de son éloignement du théâtre de la conflagration générale. Également irritées de cette impartialité , les deux grandes puissances qui se disputaient l'empire du monde usèrent des moyens les plus agressifs pour forcer le peuple américain à prendre part à leur querelle. Après que Napoléon , maître alors de l'Europe presque entière, eut décrété le blocus continental qui devait fermer aux îles Britanniques tout commerce avec le continent ', l'Angleterre défendit aux neutres de commercer avec les ports dont ses propres vaisseaux étaient exclus. Les décrets de Milan, de Bayonne et de Rambouillet interdisant aux neutres tout commerce avec l'Angleterre, furent la réponse de Napoléon, qui, pour punir la violation de ses ordres, s'empara de tous les vaisseaux américains qui se trouvaient à ce moment dans les ports de France, d'Espagne et de Naples. D'un autre côté, le gouvernement anglais promulgua les ordres du coxseil du 7 novembre 1807, à la suite desquels on opéra la saisie de près de seize cents navires neutres sous pavillon américain.
1 21 novembre 1806.
Pour meltre un terme à ces vexations extravagantes et ruineuses, Jefferson fit adopter par le congrès, le 22 décembre 1807 et le 9 mars 1808, un enihargo général sur tous les ports des États-Unis, Le commerce extérieur et la navigation se trouvèrent airêtés soudainement. Toute communication entre l'Europe et les États de l'Union eût été suspendue sans l'audace d'un nombre assez considérable de hardis marins, qui ne cessèrent pas de tenir la mer, et qui réussirent souvent à éluder Vemhargo, séduits qu'ils étaient par l'appât de bénéfices énormes.
En Europe , les pays riverains de la Méditerranée furent ceux qui eurent le plus à souffrir du blocus continental. Là, l'Angleterre, maîtresse de Gibraltar, ayant la clef du détroit , régnait en souveraine, et tenait fermés tous les ports (jui faisaient partie de l'empire français ou des pays soumis à sa domination. On comprendra qu'au plus fort de cette crise, s'il était encore permis de compter en Amérique sur quelques communications, plus ou moins irrégulières , avec l'Angleterre , la France ou l'Espagne, il n'était guère moyen d'en espérer avec l'Italie.