CHAPITRE Xîl
ELIZABETH A ANTONIO FILICCHI
Baltimore, 8 juillet 1808.
« Sans doute , mon cher Antonio , vous serez heureux d'apprendre que votre petite sœur d'Amérique est encore sur la terre des vivants. Notre long embargo vous aura suffisamment expliqué pourquoi je ne vous ai pas écrit. M^is comment une année entière a-t-elle pu passer sans que j'aie reçu une seule ligne de vous '? Il n'est pas de motif que je ne voulusse admettre plutôt que de supposer que vous auriez pu oublier le moins du monde celle que vous avez transplantée dans la vigne du Seigneur, et soignée depuis avec de si tendres soins. Loin de moi cette pensée !
« Vous avez été tenu au courant ; vous savez quelle opinion bien arrêtée ont exprimée nos pères de Boston au sujet du déplacement qui m'eût conduite au Canada; ce projet, je ne devais plus y penser... Regardez la date de cette lettre... Baltimore... dans le voisinage du séminaire dirigé par M. du Bourg. Nous voici
1 Comme on le veiTa plus loin, plusieurs lettres écrites par Antonio Filicchi n'étaient point arrivés à leur destination.
maintenant sous l'aile tutélaire de pieux êtres qui ne respirent que pour la gloire de Dieu et pour venir en aide aux délaissés et aux infortunés.
« J'ai retiré mes garçons de Georgetown. M. du Bourg les a reçus dans le collège », sans qu'il en résulte aucune charge pour moi. Je me sers de votre généreuse allocation pour nous aider à vivre -. Comme le plan que nous avons n'admet parmi nous que des pensionnaires , et encore faut-*il que ce soient des catholiques, nous ne pouvons compter sur le rapide succès qu'aurait une institution conçue seulement d'après des vues mondaines ; nous avons, toutefois, grand espoir qu'elle réussira peu à peu, parce qu'elle repose uniquement sur la Providence du Seigneur tout-puissant.
« Et que ne vous dirai -je pas, mon cher Antonio, de cet immense, inespéré bonheur que j'éprouve à vivre au milieu d'une société comme celle qui nous entoure ici ; où chaque âme ne respire que la divine charité ; où je goûte la douce intimité de la plus aimable personne qui soit au monde, — la sœur du révérend M. du Bourg, — qui veut que je la re-
1 Le collège de Sainte-Marie de Baltimore.
2 Depuis l'année 1 80S , Antonio Filicchi avait pris l'engagement de faire à Elizabeth ime pension fixe de quatre cents dollars par an, un peu plus de deux mille francs.