CHAPITRE XllI
remis à M. Graihe ', le jour où je quittai New- York, votre dernier ordre sur Murray, j'avais en moi comme un sentiment de triomphe. Je Q'aurais pas senti autrement , si votre bourse avait été la mienne, et que j'eusse eu à la distribuer ! Mais ce qui est vraiment pénible , ce qui est vraiment mortifiant , c'est de dépendre de ceux qui ne vous aiment en aucune sorte ; pas plus pour l'amour de Dieu que pour l'amour de vous-même. Quoiqu'il en soit, cela est passé maintenant; et si nous devons être réduitsà recevoir la charité à Baltimore, ce sera du moins de la part de ceux qui comprennent comment on la fait. Si jamais j'osais demander à Dieu quelque chose touchant notre avenir temporel, ce serait assurément que nous ne fussions jamais forcés de retourner à New -York... Mais je ne demande rien. Que sa bienheureuse volonté s'accomplisse à tous les égards!... Dites Amen.
« Il m'en coûte de laisser cette page en blanc. Mais cette lettre doit partir en même temps que plusieurs autres lettres de M. du Bourg, et il faut que je l'envoie bien vite.
« Le cher évêque CarroU s'informe de vous et de votre vénéré frère, souvent, et toujours
i Un des caissiers de la maison de banque de MM. Murray, à. New-York.
avec beaucoup d'affection. Embrassez votre chère Amabilia et les doux enfants pour moi, mille fois. Si vous ne m'aviez ordonné de vous écrire par chaque occasion qui se présenterait, je serais honteuse de vous envoyer ce griffonnage qui ne vaudra pas le port.
« Je voudrais dire à votre cher frère que je soupire après un petit sermon de lui sur la perfection chrétienne ; car, bien que ce soit une si haute ambition, c'est à cette perfection que j'ose tendre avec le plus ardent désir. Il sait qu'une page de lui a plus d'effet sur sa novice que bien des volumes sortis de la plume d'un étranger. Les livres qu'il m'a donnés me sont doublement un trésor. Nous avons ici un vénérable patriarche qui me prêche souvent et me renvoie toujours à Bourdaloue et à ses prônes. Mais vraiment les enfants me donnent tant d'occupation, que si l'on ne venait un peu à mon aide, passé les Litanies et A.-Kempis, je ne pourrais que rarement rien dire ou lire, a Adieu, à Dieu. A vous à jamais '.
1 Ces mots daus l'original sont écrits en français et soulignés.
2 Les lettres d'Elizabeth , à partir de l'année 1805, n'ont pas d'autre signature que ces quatre initiales M. E. A. S. — M., Marie ; c'est le nom qui lui avait été donné à la coniirmatio-!. 1"., A., S., Elizabeth, Anna, Seton.