CHAPITRE II
doit à l'opinion publique de consacrer ses loisirs à quelque opération d'industrie , de commerce, ou à quelque devoir public. Aux yeux du citoyen américain, descendant de l'ancien colon anglais , les professions sont plus ou moins pénibles, plus ou moins lucratives, mais elles ne sont jamais ni hautes ni basses : toute profession honnête est honorable.
Les fils de la race anglo-américaine se marient d'ordinaire fort jeunes. Ils décident euxmêmes, dans une grande indépendance, du choix qui semblent leur convenir. Guidés par les plus sérieuses aspirations , on les voit rechercher surtout ce qui peut assurer le bonheur et la dignité du foyer domestique. Il en fut ainsi de William-Magee Selon. Depuis qu'il avait annoncé son retour en Amérique , la famille de Richard Bayley l'attendait affectueusement, impatiemment, à l'égal de sa propre famille. Aussitôt son arrivée , il se rendit près de ses amis, et retrouva, dans l'épanouissement de sa dix-huitième année, mademoiselle Elizabeth Bayley, qu'il avait quittée presque enfant. Dès le premier moment qu'il la vit, l'attrait de toute sa personne produisit sur son cœur une impression profonde qui décida de sa destinée. Jaloux de tenir d'elle les premières promesses de son bonheur, il s'assura d'abord du sentiment qu'elle éprouvait pour
lui. Du jour OÙ il put croire à l'affection de celle qui lui était uniquement chère, il demanda sa main à M. Bayley, et sollicita de ses propres parents une approbation dont il pouvait se croire certain. Nul, en effet, qui ne comprît quelles fortes et douces émotions avaient arrêté son choix : il suffisait de voir Elizabeth pour sentir qu'elle avait en elle ce qui fait naître l'affection et ce qui la captive.
Peut-être pourrions -nous essayer de dire les grâces et les charmes dont elle était le modèle parfait; mais alors qu'elle nous apparaît comblée des dons les plus élevés et les plus rares, nous sommes moins préoccupés de ses agréments extérieurs. La voilà donc devant nous, cette chère Elizabeth, un peu petite, avec des traits aimables et délicats ; de grands yeux bruns remphs de douceur ; le front bien ouvert et pensif. Sa physionomie a l'intelligence, la fermeté avec la candeur, et ce charme indéfinissable qui semble le reflet d'une belle âme.
Mariage d'Elizabeth Bayley avec William-Magee Seton. — Naissance d'Anna et de William. — Amour maternel et chrétien. — La fièvre jaune à New- York. — Dévouement de Richard Bayley. — Prétentions de la France et de l'Angleterre vis-à-vis de l'Union américaine. — Rupture avec la France. — Effets désastreux de la crise commerciale aux États-Unis. — Naissance de Richard Seton. — Désastres éprouvés par William-Magee. — La mort lui enlève son père. — Lettres d'EIizaheth. — Son courage, sa résignation. — Naissance de Catherine Setou. — Courts instants de bonheur. — Nouvelle invasion de la fièvre jaune. — Elizabeth et les petits orphelins. — Richard Bayley victime de son zèle. — Sa mort, — Douleur de sa fille. — Naissance de Rebecca.
Elizabeth Bayley et William-Magee Seton furent unis le 25 janvier de l'année 1794. Ils reçurent la bénédiction des époux dans l'église de la Trinité de New- York. Tout ce qui semble assurer les promesses de l'avenir avec la félicité de l'heure présente se trouvait alors réuni
au gré des deux familles que cette union rapprochait encore. Espérances douces et flatteuses, qui devinrent des réalités, mais pour un moment très-court. Les premières années du mariage d'Elizabeth furent comblées de ce rare et complet bonheur qui marque souvent les commencements d'une existence destinée à de très-rudes épreuves. Tout lui souriait dans la vie. Sa position était brillante; le parr fum de sa vertu , le charme de son caractère, l'agrément de sa personne, lui attiraient l'affection de tout ce qui l'entourait. Une parfaite harmonie régnait entre ses goûts et ceux de son mari ; leur tendresse m-utuelle était extrême. Cinq enfants naquirent de leur union en peu d'années : Anna- Marie, au mois de mai 1795; William, en novembre 1796; puis Richard, Catherine et Rebecca, qui se suivirent de près.
Quelques lignes d'Elizabeth, écrites dans l'été de l'année 1796, nous la montrent en son radieux bonheur, menacé déjà d'une première ombre.
« Je m'applique à connaître mon propre cœur; j'essaie de le gouverner par la réflexion ; cependant je sens qu'il devient de jour en jour plus sujet à s'attendrir; ce que j'attribue à l'état où je vois la santé de mon William. Ah! cette santé, c'est d'elle que dépendent