CHAPITRE XIII
ELIZABETH A FILIPPO FILICCHI
28 février 1809.
« Vous allez penser, j'en ai peur, que cette pauvre petite femme , qui vous écrit si souvent sur le même sujet, a vraiment la tète tournée. Mais ce n'est pas choix de ma part, c'est mon devoir indispensable , de vous faire savoir sans en rien omettre ce qui vient de se passer depuis que je vous ai écrit la semaine delî^nière, relativement aux incitations si pressantes qui me sont faites, et dont je vous ai parlé tout au long dans les lettres que je vous ai écrites, à vous et à notre cher Antonio, depuis mon arrivée à Baltimore.
« Je vous racontais , il y a quelque temps , la conversion d'un homme de bonne famille, et riche, à Philadelphie. Cette conversion est aussi solide qu'extraordinaire. Le converti est ici, au séminaire, sur le point de recevoir la tonsure. Voulant auparavant disposer de sa fortune , il a consulté notre révérend M. du Bourg, président du collège, sur le plan d'une institution qu'il voudrait établir pour donner aux
1S32 qu'il arriva dans cette ville ; il y mourut pn 18'tS , «ppt ans aprf'S M. de Cheverus.
enfants des familles catholiques une éducalion propre à les établir dans la pratique de leur foi et à les y affermir. Dans la même vue, il désirerait encore qu'on pût étendre les admissions dans l'établissemient en question aux personnes qui ont passé le jeune âge, qui n'ont pas reçu d'éducation, mais qu'on pourrait employer soit à filer, à tricoter, etc., de façon à fonder une manufacture sur une petite échelle ; ce qui serait bien utile pour les pauvres ici. Vous voyez que j'étais vraiment tenue à vous faire connaître cette disposition de la Providence, afin de vous laisser juger vous-même jusqu'à quel point vous voulez nous donner votre concours.
« Il faut encore que je vous dise que l'idée du bâtiment projeté comporterait l'établissement de deux maisons distinctes : une pour les enfants riches , qui demandent à recevoir une éducation complète ; l'autre pour les pauvres et pour les personnes qui pourraient être employées dans la manufacture , et aussi pour les infirmes. Il est inutile de vous dire combien je sens que je suis téméraire, mon cher Filicchi , en disant tout ceci. Mais vous en savez le motif, qui explique tout.
« C'est M. Matignon , de Boston , auquel Antonio m'a dit de m'adresser, en toute occasion, ainsi qu'à M. de Cheverus, l'évèque