CHAPITRE XllI
crer au Seigneur par les vœux solennels de la profession religieuse : ces vœux de chasteté , de pauvreté, d'obéissance, qu'elle avait prononcés en son cœur. A partir du jour oîi elle ouvrit son école, elle se mit à agir comme si elle eût commencé un véritable noviciat; vivant dans une retraite absolue , ou plutôt , comme elle le dit elle-même, « dans le secret du tabernacle, là oîi se trouvent seulement sécurité, liberté vraie, et doux contentement; » ne négligeant aucun des soins, aucun des devoirs de l'heure présente, institutrice et mère tout à la fois; d'ailleurs, uniquement attentive à assurer son avancement spirituel. Rien du dehors ne ven.ait troubler son recueillement intérieur, son application aux choses de Dieu, et l'intime joie de son âme, dans ces jours d'une existence paisible et régulière qu'elle passait, « allant chaque matin à la communion, vivant dans les plaies de son adorable Seigneur, ne voyant personne que ses représentants sur la terre, et recevant continuellement leur bénédiction. »
Elle n'avait admis sous sa direction que des jeunes filles catholiques. Sa tâche auprès de ces enfants avait avant tout pour objet de leur donner une éducation solide , profondément religieuse, propre à former leurs cœurs à la vertu par l'amour de Jésus -Christ. Tous les
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jours, après la prière du matin, elles assistaient à la messe ; elles récitaient le rosaire au milieu delà journée, et s'appliquaient à l'étude de la doctrine du catéchisme. Les vendredis, après avoir écouté pieusement la lecture.de la Passion de Notre-Seigneur, elles apprenaient à méditer sur cet intarissable sujet d'attendrissement et de réflexions. Le temps des classes était donné à ce qui fait partie de l'éducation accoutumée des jeunes personnes: lecture, écriture, arithmétique, travaux de couture, ouvrages de fantaisie faits à l'aiguille, et, pour celles qui le désiraient, étude de la langue française.
L'instruction religieuse du petit troupeau fut confiée à M. Babad , prêtre français ', de la société de Saint-Sulpice, réfugié aux États-Unis. La destinée de cet homme vénérable avait connu les mêmes traverses que celle de M. du Bourg, son confrère et son ami. Chassé de France, aux jours de la tempête, il avait trouvé un asile en Espagne, à Orense, auprès de ce généreux évêque , Pierre d'Alcantara de Que-
1 Originaire de Pout-de-Veyle, dansia province de Bresse. C'est un de ses neveux, l'abbé J. Babad, missionnaire du diocèse de Lyon, qui a traduit en français: The Life of M" Eliza A. Selon , foundress and first superior of the sisters or daughterx of Chariiy in the United States of America, by Rev. Charles White.