‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 22 sur 225 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

pour leurs défauts et leurs petits travers. Elle imposait silence à son penchant, qui l'eût portée vers l'indulgence , et savait exercer le pénible devoir de la correction chaque fois qu'un tort véritable l'y appelait. Son étude était alors de ne pas paraître céder à cette vivacité nerveuse qui détruit l'efficacité de la réprimande : la raison, la religion, seules l'inspiraient.

Dans une vie pénétrée d'un sentiment chrétien si profond, les pauvres, ces amis de Dieu, ne pouvaient manquer de tenir une grande place. L'exemple de la charité entourait EUzabeth; elle le retrouvait dans la maison des Seton, après l'avoir eu de M. Bayley. Une lettre d'elle parle de WiUiam Seton, le chef de la famille , comme « du père et du bienfaiteur des pauvres, leur constant recours dans leur infortune, leur aide dans toutes leurs difficultés. » Une des sœurs de son mari, Rebecca Seton, était tellement dévouée à tout ce qui souffrait à sa portée, qu'on la désignait sous le nom de sœur de charité protestante. Elizabeth fut aussi connue sous ce même nom. Elle s'était étroitement liée avec Rebecca, « la sœur de son âme » , qu'elle admettait à ses pensées les plus intimes et jusqu'au secret du bien qu'elle faisait.

On voyait souvent les deux sœurs, levées

dès l'aube du jour, par les temps les plus rigoureux , diriger ensemble leurs pas vers les sombres réduits où elles allaient chercher la souffrance. Lorsqu'elles y apparaissaient empressées et compatissantes, c'était comme le rayon du soleil qui apporte joie et consolation; leur présence changeait les larmes en sourires , les gémissements en actions de grâces.

Les devoirs nouveaux, les vives affections qui s'emparèrent d'Elizabeth mariée et bientôt mère, tout en la passionnant, ne l'absorbèrent pas. Elle sut trouver du temps pour ses occupations charitables, et découvrit le rare secret de garder intacte à chacun la part qu'elle lui avait faite en son cœur. Nous dirions même, s'il se pouvait, que sa tendresse s'accrut encore envers son père, du jour où elle lui donna son William , comme un enfant de plus , qui se joignit à elle pour l'aimer. Non -seulement Elizabeth chérissait M. Bayley, mais à mesure qu'il avançait dans la vie , elle se sentait plus fière de lui. Sans doute elle appréciait à leur juste valeur les succès brillants qui rendaient témoignage à la supériorité du savant illustre ; mais ce qui la touchait beaucoup plus, ce qui faisait son juste orgueil, c'était la réputation tout exceptionnelle qu'il s'était acquise par l'habitude du désintéressement le plus gêné-

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