‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 25 sur 225 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Les années qui suivirent la glorieuse guerre de l'indépendance furent pour l'Union américaine une ère de prospérité non moins que de grandeur. Le prodigieux accroissement d'une population libre et satisfaite, les progrès de la culture et de l'industrie , le développement de la marine, l'extension des relations commerciales, portèrent à un haut degré le bien-être et la richesse publiques. Quand la révolution française, déchaînée sur le continent, eut allumé la guerre chez toutes les nations de l'Europe,- la première mesure que prit Washington, alors président des États-Unis, fut de proclamer la neutralité du gouvernement fédéral , déclarant qu'une conduite amicale serait observée à l'égard de toutes les puissances.

Une politique si prudente semblait devoir assurer aux Américains un libre et paisible commerce avec les autres nations; il n'en fut pas ainsi. Peu à peu les nombreux navires qui couvraient les mers et qui circulaient librement dans tous les ports, soit neutres, soit ennemis , sous la protection du pavillon étoile , portèrent ombrage à la France et à l'Angleterre. Chacun de ces deux pays considéra bientôt les Américains comme les facteurs habituels du commerce de ses ennemis. Agressif et soupçonneux, le gouvernement révolu-

lionnaire de la Convention affecta de voir dans l'acte de neutralité une marque d'ingratitude envers la France et de partialité pour son adversaire. Cette accusation était injuste; mais sitôt qu'elle se produisit, on put prévoir qu'elle amènerait la rupture de l'alliance, ce fruit précieux de la politique de Louis XVI.

En effet, le droit des neutres ne tarda pas à être violé , bien qu'on fût en pleine paix. Plusieurs navires américains furent capturés , soit par des corsaires portant le pavillon français , soit même par des vaisseaux de guerre. Le congrès des États-Unis, jaloux de l'honneur national, demanda réparation, d'abord par les moyens pacifiques; puis, voyant ses réclamations demeurer sans résultat, il proclama que tout commerce entre les deux pays était suspendu, et que les traités avaient cessé d'être obligatoires ; en même temps il autorisa la capture des vaisseaux français.

La guerre ouverte entre deux grandes nations maritimes, longtemps amies, aggrava les désastres qu'avait déjà produits leur sourde hostilité. Aux États-Unis, William - Mages Seton fut un des premiers atteints dans cette crise. Dès l'année 1798 , le flot de la prospérité s'arrêta pour lui. Il était père de deux enfants, et le troisième allait naître ; préoccupé de sa femme et d'eux , il soutfrit cruellement du tour-

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ment d'esprit que lui donna le fâcheux état de ses affaires. Le trouble qu'il en ressentit s'effaça pourtant devant une véritable douleur. Cette année qui devait lui être si funeste lui enleva son père, brusquement emporté par la mort avant l'âge de la vieillesse. La perte de William Seton eût été, de tous temps, un immense malheur pour les siens; mais les frappant à ce moment, elle devenait leur ruine.

William-Magee Seton , à peine âgé de trente ans , se trouva seul pour remplacer son père , prendre la direction d'affaires embarrassées, veiller sur les intérêts si divers de toute une tribu de jeunes frères et sœurs ; son père laissait treize orphelins dont les derniers entraient à peine dans la vie. Que de trouble , que de soin pour l'aîné d'entre eux ! Mais il avait auprès de lui une femme dévouée, pieuse et pure, toute aux devoirs de son état. Avoir en partage un tel bien, c'est, disent les Livres saints, la grâce au-dessus de toutes les grâces. La tendresse d'Elizabeth pour son mari, son courage devant les revers qui fondaient sur lui , grandirent dans la mesure de ces épreuves.

Les différends entre les États-Unis et le continent allaient s'aggravant, et la crise qui s'ensuivait, entravait les relations de la marine américaine avec les ports de son commerce. Bientôt , l'arrivage des vaisseaux qui se suc-

cédaient dans la l^aie de New-York, n'apporta plus à William - Magee que des nouvelles sinistres : la prise de ses cargaisons, l'embargo mis sur ses navires , la saisie de ses fonds retenus au delà de l'Océan.

Humble, résignée, mais en même temps agissante, Elizabeth appliqua sa vive intelligence à seconder les efforts de son mari pour lutter contre l'adversité. Il consacrait à l'examen de ses papiers, à ses combinaisons, à ses calculs, non-seulement ses journées, mais ses veilles. Elle passait les nuits à l'aider, à l'encourager dans les fatigues de son travail. « Si les cœurs et les fortunes s'abimaient en même temps , disait - elle , cela ferait bien mal les affaires. » D'un si grand secours à William, elle seule semblait ignorer la merveilleuse sagacité dont elle faisait preuve au milieu d'occupations qui, jusqu'alors, lui étaient restées complètement étrangères. Avec une délicatesse, un soin infinis, elle se tenait dans l'ombre à côté de son mari, cherchant à le consoler, à alléger le fardeau de ses peines, et surtout à lui inspirer, puisque l'épreuve le visitait, cet acquiescement de la volonté qui change la souffrance en mérite. Séparée de lui momentanément, elle lui écrivait : « Excusez la présomption de cette pauvre petite femme qui vient se mêler de vos affaires. Il est, dans un

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