CHAPITRE III
tuation , et l'apprentissage d'une existence toute nouvelle. Sa retraite à la campagne la sépara d'amies qui lui étaient très-chères ; ce lui fut un vif regret, le seul qui la touchât assez pour lui arracher une'plainte. Du reste , un dégagement complet de l'élégance, des vanités, de tout ce qui remplit la vie mondaine. Elle y avait, en d'autres temps, pris part ; mais sans y mettre son cœur, qui planait fort audessus. Désormais, elle vivra toute recueillie dans le cercle de sa famille ; elle se donne avec bonheur à ses enfants, à son mari. Ce que nous allons citer est adressé à M^^ Julia Scott , son amie d'enfance , à M^^ Sadler, une autre amie, ou à Rebecca Seton :
« Je regarde comme le plus grand des bonheurs de cette vie d'être délivrée des obligations , des cérémonies de ce qu'on appelle le monde. Mon monde à moi, c'est ma famille; tous les changements qui sont survenus font que je puis me consacrer à mes trésors sans être détournée par rien. »
« Les roses ne fleurissent plus. Les fraises, les cerises sont passées; mais, ô ciel! la nature entière sourit à l'entour de moi. Je n'ai jamais connu de contentement aussi complet que depuis que je suis dans cette petite maison. Mon mari, pourtant, est absent; mais c'est
pour nous gagner la fortune et le repos après le travail, je dois donc être contente de son absence. »
« La matinée était si douce que je me suis promenée, avant que personne de la maison fût levé, plus d'une demi -heure, avec mon Anna, sa petite main dans la mienne. Précieuse petite compagne! Quand je l'ai avec moi , je pense toujours : voici au moins une âme bien en paix, une âme sans tache, qui jamais n'offense Dieu. Et comme ma prière est fervente pour qu'elle se conserve ainsi, dans son innocence, autant qu'il est possible à notre pauvre nature humaine ! »
Elle écrit, en Angleterre, à lady Cayley, sa tante :
«... Je vous ai parlé de toute la famille, et pas encore de mes trois chers petits enfants, dont je puis dire raisonnablement qu'il n'est pas d'enfants qui les surpassent. Mon Anna -Marie est l'image de ce qu'on peut rêver de parfait. Les événements qui ont rendu ma vie si différente de ce qu'elle était , seront, je le crois, d'un grand profit pour elle. Car ils ont changé sa jeune mère en une vieille mère, mieux en état de veiller aux progrès de cette petite intelligence pleine d'activité. William prend la ressemblance de son