CHAPITRE III
grand - père ' , tellement qu'on n'imaginerait pas qu'un enfant pût rappeler à ce point son aïeul. Il tiendra de lui pour les dispositions et les manières, autant, je crois, que pour les traits. Richard, notre plus jeune, est, s'il est possible, encore plus charmant. Je suis sa nourrice, comme je l'ai été des deux autres. Quoiqu'il se tienne déjà debout et vienne cacher sa tête dans mon sein, je ne me sens pas le courage de le sevrer. »
La si tendre occupation qu'elle prenait de ses enfants ne l'empêchait pas de se réserver chaque jour assez de temps pour lire. Elle est levée de grand matin : « Le soleil était brillant, je me suis assise en plein air, et j'ai lu ma Bible pendant deux heures. »
« Je viens de passer une des plus douces soirées de ma vie. Il est maintenant onze heures, et depuis sept heures , je suis assise là avec mon livre, qui m'a parlé du Très- Haut, du Très-Saint dont la demeure est l'éternité. J'ai choisi çà et là, et transcrit quelques passages que je voudrais conserver pour ma fille. Gomme le monde semble petit, comme on le voit dans le lointain. Elles sont calmes et paisibles ces heures ainsi employées
» William Seton , frère de lady Gayley.
dans la solitude ; elles comptent pour le bon conseil, et le souvenir en demeure. » Une autre fois, elle racontera qu'elle a découvert au bord de la mer, près d'un superbe rocher, une place ravissante ; et « pendant que les petits jouent à faire le thé dans les petites coquilles qu'ils ont trouvées sur le sable de la grève, » elle a son livre à la main, et ne s'en distrait que pour leur envoyer de temps en temps un doux sourire.
D'elle, nous n'avons rien à cacher; et ce nous paraît un devoir de dire ce qui la fait connaître, même en ses faiblesses. Le souvenir que nous allons rappeler fera d'ailleurs mieux admirer, lorsqu'elle sera catholique, la docilité de la foi dans un esprit accoutumé, comme le sien, à la double liberté de son pays et de son culte.
Elle venait d'achever l'année à la campagne. On était en hiver; les longues heures du soir, la vie auprès du foyer, loin des distractions du dehors, se prêtaient singulièrement à la passion qu'elle avait pour la lecture. Elle savait parfaitement le français, et goûtait notre bonne littérature, lorsqu'elle eut la curiosité dehre les écrits de ces deux malfaisants auteurs , pères de l'esprit philosophique au xyiii^ siècle. L'un la séduisit par ses théories sur l'éducation , exprimées dans un éloquent langage ; l'autre