‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 29 sur 225 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

la fascina par les brillants de son faux esprit. Ce qu'elle connut d'eux n'outrageait pas directement des croyances sacrées ; mais leur passion d'irréligion ayant mis partout son venin, rien chez eux n'est inoffensif. Elizabeth se trouva bientôt distraite de ses habitudes de piété ; nous disons distraite, non pas détachée. « Elle sacrifiait à ces lectures le repos de ses nuits, elle y consumait ses journées, même les dimanches. » C'est elle qui, plus tard, en fait l'aveu en gémissant. Par une étonnante exception, sa foi, mise en si grand péril, en sortit intacte. Dieu ne la voulut point punir, car sa faute avait une excuse : elle était privée des avertissements que nous avons tous au sein de la vraie Église ; et Celui qui juge les cœurs mesure nos responsabilités au don que nous avons reçu.

Quand Elizabeth subit cet entraînement si vif, mais passager, elle avait un peu plus de vingt-quatre ans.

Au mois de juin de l'année 1800, Dieu lui donna une seconde fille, Catherine, son quatrième enfant. Elle fut malade à en mourir ; les affaires de son mari sont toujours trèscompromises; elle, aussi courageuse, aussi résignée. Citons ses lettres :

« Un chagrin gai ! ne voilà -t- il pas deux mots qui vont ensemble étrangement? Il est

pourtant des âmes qui les entendent , et Celui qui voit dans le secret est là pour les consoler. Je suis mille fois plus calme qu'auparavant. Yienne que pourra! Dieu est là-haut; tout tournera à notre bien. »

c( Nous ne devons pas nous attendre à avoir en cette vie ce qui nous plairait davantage : grâce au ciel ! car si nous l'avions, avec quelle facilité, nous perdrions de vue l'autre vie, seul séjour d'une paix sans fin. »

« Journée brumeuse et mélancolique comme la saison où nous sommes ; rien , si ce n'est le sourire et la santé de mes chers enfants, n'aurait pu me préserver d'en ressentir l'impression. Mais je suis si entièrement occupée d'eux, que je n'ai pas le temps de m'arrêter aux idées sombres. Mon père a été malade la semaine dernière ; il est mieux maintenant, je ne puis cependant m'empêcher d'être extrêmement inquiète de lui. Mettez-vous, chère amie, à ma place pour quelques moments , et vous verrez qu'il y a encore bien des chagrins qui vous ont été épargnés, qui vous seront toujours épargnés, je l'espère. Mais Celui qui dispose detoutmiséricordieusement, mêle le doux avec l'amer; et si le mal prend ledesus, il étend le voile de la paix sur l'âme qui se confie en lui. »

Page 1