CHAPITRE III
repos. A la fin d'uâe des plus terribles journées pendant l'épidémie, elle écrivait à sa belle -sœur :
« Rebecca, je ne puis plus dormir; ces morts et ces mourants obsèdent mon esprit. Il y a là-bas de petits enfants qui meurent sur le sein tari de leurs mères expirantes. Ceci n'est pas de l'imagination, c'est la scène même qui m'environne. Mon père dit que jamais on n'a rien vu de pareil. En ce moment, il y a douze enfants qui vont certainement mourir, uniquement faute de nourriture. Ils sont hors d'état de rien prendre, si ce n'est le sein de leurs mères ; hélas ! et ces infortunées ne peuvent plus le leur offrir, parce qu'elles sont épuisées par la maladie qui les a dévorées à bord, tandis qu'elles manquaient des aliments nécessaires, privées d'air, entassées dans un espace étroit, sans pouvoir changer de vêtements. Seigneur, père de miséricorde, que de grand cœur je donnerais à chacune de ces pauvres petites créatures une part du trésor de mon propre enfant, si cela seulement dépendait de moi ! Mais, Rebecca, ils ont au ciel un protecteur : c'est là que seront consolées les angoisses de l'innocence qui a souffert. »
Gomme elle le faisait entendre à sa sœur, Elizabeth avait été tentée de sevrer son enfant, pour se donner tout entière à ces pauvres
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petits, que la maladie avait privés du sein maternel. Sa petite Catherine avait alors dix mois, et pouvait, sans ensoufirir, lui être ôtée. Elle confia son dessein à son père, qui le pesa au poids de sa raison, et l'en détourna.
Chez Richard Bayley, ce fut comme un pressentiment, d'épargner à Elizabeth le surcroît d'un nouveau fardeau , quand l'heure approchait où elle allait avoir besoin de tout son courage et de toutes ses forces. Exposé chaque jour à la mort , il prévoyait qu'il pouvait promptement donner à sa fille la douleur de le perdre. La carrière de cet homme illustre se termina d'une manière prématurée, mais digne de toute sa vie. Au plus fort de fépidémie , au mois d'août 1801 , il était revenu à terre après avoir donné des ordres pour que l'équipage et les passagers d'un navire irlandais qui émigraient avec la fièvre à bord , fussent conduits à des logements dressés sous des tentes et disposés pour recevoir ceux-là seulement qui étaient atteints de la maladie. Le lendemain matin, en se rendant à l'hôpital, il apprit que ses ordres n'avaient point été suivis : tous , passagers , équipages , hommes, femmes, enfants, sains ou malades, avaient été renfermés pêle-mêle dans une salle, et y avaient passé la nuit. N'écoutant que sa douleur et l'excès de son zèle, il entra en ce lieu