CHAPITRE IV
c( A la tombée de la nuit, les excellents Filicchi nous ont envoyé de quoi dîner, et en même temps plusieurs choses de première nécessité. Nous sommes retournés à la grille pour les voir. Maintenant William et Anna dorment étendus sur des matelas de bord qu'on a posé sur ce pavé froid. Je me confie en Dieu , espérant qu'après avoir donné à mon pauvre malade la force de résister à l'épreuve d'une telle journée, il nous assistera pour nous faire aller plus loin. Il est vraiment notre toMi... Mes yeux me font mal, après toutes ces larmes, et ce vent, et cette fatigue; il me faut les fermer et élever mon cœur ; le sommeil ne me viendra pas facilement... Comme vous auriez aimé la petite Anna, si vous l'aviez vue tout à l'heure, pendant ses prières, ses petits bras enlacés à mon cou ; elle répandait des larmes à flots. Je lui ai lu, pour l'endormir, quelques courtes paroles de confiance et d'abandon à Dieu ; elle m'a dit : « Maman , si papa allait mourir ici! mais Dieu est avec nous. — Oui, Dieu est avec nous ; et si nos souffrances abondent, ses consolations surabondent, et surpassent toutes paroles. » Si dans ce vent qui se déchaîne maintenant, tel, dit-on, qu'il n'y en eut jamais de pareil dans cette saison; qui éteint presque notre lumière ; qui s'abat sur mon WiUiam par toules les fentes de ces murs,
et qui mugit dans la cheminée avec un bruit pareil au tonnerre; si dans tout cela nous ne vcyions pas l'effet du vouloir de Dieu; si dans le délaissement de notre situation, nous ne voyions pas l'accomplissement des desseins de Celui qui règle tous les événements de notre vie, vraiment nous serions bien à plaindre... Voici une heure qu'il a eu une violente crise de toux, et il a encore craché du sang. Il fait tout ce qu'il peut pour me le cacher, et cela l'agite et le tourmente encore davantage... Que dirons-nous ! C'est ici l'heure de l'épreuve. Que le Seigneur, qui la permet, nous soutienne et nous fortifie? Regarder autour de soi, cela jette en trop d'angoisse! Regardons en avant, vers le but et la récompense. »
Le 20 novembre. Dimanche. Neuf heures.
« Les cloches du matin ont éveillé mon âme aux regrets les plus douloureux, et l'ont plongée dans une telle agonie de tristesse, qu'au premier moment la prière elle-même a été impuissante à me soulager. De ma petite chambre j'ai regardé longtemps au loin la pleine mer; plus près, les vagues qui se brisaient contre les hauts rochers aux abords de celte prison. Courroucées devant cet obstacle, elles montaient