CHAPITRE IV 1Î
mon pauvre William. Mais le voir ainsi, en l'état où il est, c'est pire que la mort!
(( On a tiré les verrous d'une autre porte, et l'on a donné à Luigi un logement à part, à côté de nous. Maintenant qu'il est entré dans notre chambre et qu'il a touché ce que nous avons touché, il est devenu pour eux tous un objet de terreur. Que de fois, dans une seule journée , ce pauvre vieillard monte et redescend nos vingt marches roides, presque perpendiculaires, pour nous procurer ce qui nous est nécessaire, ou pour nous apporter quelque soulagement!
« Aujourd'hui sa besogne a duré longtemps; quand il a eu fini, je lui ai offert une chaise pour se reposer. Il a presque sauté par-dessus, de l'autre côté; et puis il s'est mis à gambader autour de moi, comme s'il avait été fou, déclarant qu'il allait passer toute la nuit à nous servir. William, abattu, excédé, s'est endormi. Anna a commencé ses prières au milieu de bien des larmes, et a eu bientôt oublié tous ses chagrins. Moi aussi, je me suis dit que me jeter à genoux, qu'ouvrir mon livre de prières, serait pour mon âme le signal du repos. Il était alors neuf heures du soir ici, et trois heures New-York. Je me suis représenté mon âme et les âmes de ceux que je chéris, réunies toutes ensemble à ce moment devant le trône de la
grâce, offrant au Seigneur tout -puissant les mêmes prières, par les mérites du même Rédempteur, par l'inspiration du même Esprit- Saint. Alors, vraiment je me suis réjouie dans le Seigneur, et j'ai tressailli d'allégresse dans le Dieu de mon salut. — Après mes prières, lu dans mon petit livre de sermons ; cent fois plus heureuse alors que je n'avais été désespérée. »
Lundi 21 novembre.
« A mon réveil, même impression de calme et de consolation qu'hier, en me mettant au lit. — Apporté à William le lait chaud qu'il prend chaque matin. — Réfléchi avec lui sur notre situation. Bien qu'elle soit si contraire à ce qu'exigerait son état, commencé à l'envisager comme le premier pas dans la voie où nous veut cette volonté toute-puissante, qui dispose toutes choses -pour notre profit. — Mis ma petite Anna en train à son travail ; moimême appliquée à ma chère Écriture sainte, tout contre le lit du pauvre malade, tremblant d'un accès de fièvre.
« Le commandant est venu avec des gardes et a fait monter pour nous un lit fort propre avec des rideaux , envoyé par Filicchi. Il a fait dresser des bancs sur lesquels nous pourrons